Chroniques — 28 janvier 2021 at 13 h 50 min

Keith Richard and the X-Pensive Winos – Live at the Hollywood Palladium

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Live At The Hollywood Palladium : Keith Richards: Amazon.fr: Musique

Angleterre début des années 60 :
Keith Richards se réveille avec une intuition qui va marquer l’histoire du rock. Encore ralenti par le sommeil, il attrape nonchalamment sa fidèle guitare, et plaque le riff qu’il a entendu en rêve. Quelque jours plus tard, les Stones enregistrent « Satisfaction », et son riff devient le signal invitant Londres à swinguer. Tintin tintintin ! tintintintin ! L’histoire du rock est parcourue de ces riffs, qui sont autant de révolutions sonores. « Satisfaction » a fait naitre Keith Richards, en lui donnant ses galons de maître du riff, titre qu’il ne cessera de défendre avec brio.

Cette période de gloire parait déjà si loin en ces années 80. N’ayant pas réussi à faire des Stones un groupe de salariés soumis, Mick Jagger s’embarque dans une ridicule carrière solo. Chargé de produire ses bouses, Nile Rodgers monte le bourrichon de notre diva prétentieuse, et parvient même à lui faire croire que l’époque des groupes à guitare est révolue. Révolté par une infidélité qui risque de tuer l’œuvre de sa vie, Keith Richards ne veut plus voir l’ex chanteur de son groupe, et les Stones semblent morts et enterrés.

Pourtant, alors que tout le monde pense qu’il en a fait le deuil, Keith est encore en mission pour les Stones. En 1988, il embarque une équipe de vieux briscards en studio, et produit lui aussi son premier album solo. « Talk is Cheap » est un petit bijou, un disque tel que les Stones n’en ont plus produit depuis des années. Le signal que Keith envoie à Mick à travers cet album est clair : « je suis le patron et tu ne peux exister sans moi » !

Les vrais rockers ont fait un tel triomphe au premier album solo de Keith qu’il doit embarquer son nouveau groupe dans une série de concerts triomphale. Le riff master et ses mercenaires prennent donc d’assaut le berceau du Rock’n Roll, pour une puissante célébration au Hollywood Palladium. Avant de raconter cette glorieuse bataille, prenons le temps de faire une petite revue d’effectif. A la batterie, Steve Jordan s’est frotté au répertoire stonien en jouant « Jumping Jack Flash » aux côtés d’Aretha Franklin. Auparavant, le batteur eût l’honneur de remplacer Charlie Watts, lors de quelques concerts des Stones. C’est là que son jeu a séduit Keith.

Pour se charger des cœurs, le pilier des stones a recruté Sarah Dash, ex chanteuse d’un girl group ayant joué en première partie des Who de la grande époque. A la guitare, Woddy Watchel est un caméléon qui a mis sa capacités d’adaptation au service des plus grands. Iggy Pop, Bob Dylan, Tom Waits, tous ont bénéficié de sa phénoménale capacité d’adaptation. Et puis il y a bien sûr Bobby Keys, légendaire compagnon de débauche de Keith Richard, viré par Jagger à cause de ses excès. Le saxophone de « Sticky Fingers », c’est lui ! Et, si Mick ne l’avait pas viré à cause de ses excès, les derniers albums des Stones auraient sans doute eu une autre allure.

Pour compléter la formation, Keith récupère le claviériste et le percussionniste ayant participé à « Dirty Work ». A Hollywood, ce gang réussit un coup grandiose, aussi mémorable que le retour scénique de John Lennon à New York.

L’affaire commence avec « Take it so Hard », rock plus stonien que les derniers essais des Stones. Au milieu de ce nouveau groupe, Keith rajeunit de 20 ans, son riff colle à la rythmique comme une robe taillée sur mesure. Les plus rabat-joie pourraient regretter que Steve Jordan n’ait pas la finesse jazzy d’un Charlie Watts, mais il a le feeling. Quand on joue avec Keith, les notes qu’on ne plaque pas sont plus importantes que celles que l’on joue, il faut chérir ces moments de silences.

Il suffit d’écouter « Make no Mistake » pour que cet art de l’économie saute aux yeux. Sur la mélodie, les notes bluesy embrassent les battements tranquilles de la batterie. Même quand le titre s’emporte dans un boogie blues lascif, les notes s’épanouissent dans de longs échos, le silence est l’éclairage qui donne au riff son charisme classieux.

C’est d’ailleurs pour ça que Keith est un des rares musiciens capable de donner un intérêt au reggae, son jeu s’épanouit dans la nonchalance de cette musique jamaïcaine. « Too Rude » est donc l’aboutissement d’un son que Keith a découvert lors des séances de « Goats Head Soup », avant de se l’approprier pour la première fois sur « Black and Blue ». D’ailleurs, quand le souffle de Bobby Keys vient réchauffer une rythmique implacable, on obtient une symbiose parfaite entre rock et reggae.

Au-delà de son légendaire sens du riff, ce bon vieux Keith s’affirme comme un chanteur remarquable, aussi à l’aise sur les ballades que sur les titres plus rythmés. Cette voix, comme celle de Bob Dylan, n’est pas «belle», c’est son phrasé inimitable qui lui donne tout son charisme. Le Stone chante comme il joue, sobrement et en prenant le temps de soigner son feeling. Derrière cette voix, et une guitare retrouvant l’enthousiasme des premiers jours, Keith montre à Mick que l’énergie des Stones est immortelle.

Sa carrière solo ayant fait un bide, Jagger finira par accepter de répéter, pour préparer une nouvelle tournée des Rolling Stones. Devant un public célébrant comme il se doit ce retour inespéré, le cul de Jagger se balance de nouveau comme une pendule agitée par le swing stonien. La machine se met alors de nouveau en branle pour ne plus jamais s’arrêter. A ce jour, les Stones sont toujours en activité, et un nouvel album est en préparation.

Ce miracle, on le doit à la persévérance d’un guitariste increvable. A l’écoute du live à l’Hollywood Palladium , on en viendrait finalement presque à espérer que Keith lâche les Stones pour se consacrer à ses X-Pensive Winos.

Note de la rédaction
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