Chroniques — 7 mai 2019 at 11 h 42 min

Ty Segall And Freedom Band – Deforming Lobes Live

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Le guitariste s’avance vers le public, avec un air faussement solenne , et déclare « ladys and gentlemen the … » Il n’aura même pas le temps de finir, coupé par une explosion de guitares saturées ,qui semble prendre tout le monde par surprise. Toute la philosophie de Ty Segall est déjà là, il veut en dire le moins possible, sa musique étant sensée parler d’elle-même. Ce n’est pas pour rien qu’à l’heure des réseaux sociaux, il s’obstine à se tenir éloigné de tous ces attroupements virtuels , où toutes pensées sincères est noyée par l’hystérie d’une masse bêlante.

Ce n’est pas pour rien non plus que l’homme démarre les festivités avec « Warm Hand », titre issue de son disque « Ty Segall » , qui revient à une musique plus crue après la superbe pièce montée qu’est ‘Freedom Goblin’. Car musicalement aussi, Ty Segall est insaisissable. Changeant d’influences comme il change de chemise, il semble découvrir ses coups de cœurs en même temps qu’il se les approprie. Et c’est précisément ça qui fait de lui le rocker le plus passionnant de ce siècle terne, il enchaîne les découvertes et expérimentations comme si chacune devait être la dernière.

Alors , on aurait put s’attendre ici à un inventaire minutieux de toutes ses expérimentations , le glam de Twins faisant place au space rock de Slaughterhouse , avec les mélodies folk de Sleeper comme tendres intermèdes. C’est mal connaitre le Californien qui, même sur scène, se refuse à jouer deux fois la même chose.

Ayant attiré Steve Albini , qui produit ce live, Segall ne va pas se contenter de répéter consciencieusement ce que son public a entendu sur disque. Albini a produit ce qui restera le meilleur disque de Nirvana, et le freedom band veut lui faire revivre l’excitation de cette époque où le rock fut secoué par son dernier grand courant musical.

Et pour cela un seul mot d’ordre : Toujours plus fort, toujours plus lourd, toujours plus sale. Les guitares bourdonnent, couinent, se posent parfois pour écraser les spectateurs sous la lourdeur de breaks pleins de distorsions, pendant que Segall hurle au milieu du déluge. Et tout ce magma sonore, ce génial grondement électrique, le freedom band l’improvise sans filet, renouant ainsi avec la puissance d’un Kurt Cobain chantant « Smell like Teen Spirit » pour la première fois.

Quand le groupe calme le jeu, lors d’intermèdes sabbatients plombés, ou de passages boogies, il plane toujours une tension irrésistible , on sait que ces pauses vont forcément aboutir sur une autre explosion sonore. Le freedom band n’est pas Kadavar, ces instrumentaux sont réduits à la plus simple expression, et ne dure que quelques secondes. Ces quelques secondes, loin des passages virtuoses des hard rocker , sont souvent la pour accentuer l’agressivité de ces riffs crasseux , quand ils ne partent pas dans un enthousiasmant bazard électrique.

Avec ce live, le freedom band montre sa musique la plus radicale, la scène lui permettant de se défaire de tout calcul artistique. Albini à parfaitement respecté cette volonté de tout miser sur l’urgence et l’efficacité, et s’est contenté de rendre chaque instrument audible, donnant ainsi l’impression d’être dans la salle. Le résultat est un autre album majeur de Ty Segall et la preuve que le rock peut encore prendre l’auditeur à la gorge , et ne plus le lâcher pendant une demi heure.

http://www.ty-segall.com/

 

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