Chroniques — 20 décembre 2019 at 7 h 55 min

THE WHO – Who

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« Hope I die before I get old »
Il faudrait demander à Towshend ce qu’il pense de cette phrase aujourd’hui. Quel effet cela lui fait de sortir un nouvel album plusieurs années après la mort de son bassiste et batteur ? Que pense-t-il, quand il se remémore ce jeune fou furieux, détruisant guitare et amplis pendant que son batteur dynamitait les amplis ? C’est la question que se pose tout homme passé la cinquantaine : Ai-je trahis mes idéaux ? Ne suis-je pas devenu ce que je détestais ? Bref, nous finissons tous par nous demander si nous ne sommes pas devenus des vieux cons.

Les Who n’étaient pas seulement le groupe fétiche des mods. C’était , avec les Stones , l’incarnation anglaise du rythm’n’blues. Mais le leur était plus aventureux, expérimental, au point que Baba O Riley parait encore futuriste quand il est balancé au générique d’une série américaine stupide.

Mais ça sert à quoi un album des Who en 2019 ? Suis-je en train de jouer le rôle de crétin nostalgique que les pigistes de Rolling Stones tiennent déjà, quand ils n’essaient pas de comprendre la politique. Bon, ok, je fais partie des personnes qui se régalent de leurs plumes, quand celle-ci célèbre les vieux roublards. J’ai attrapé la même schizophrénie idéologique que Manœuvre et autres grands reporters rock. Ces gens qui tuent le rock à force de le résumer aux sixties seventies, tout en se désespérant de le voir s’étioler.

On souhaite tous voir une nouvelle vague naitre, prendre la relève et éclipser le reste , mais en même temps nous ne sommes pas prêt à lâcher nos héros fatigués. « Elvis est mort , tant mieux ! Sa grosse bedaine commençait à asphyxier le rock’n’roll » disait Johnny Rotten, exprimant ainsi une envie saine : Celle de botter le cul de gloires dépassées.

Alors, je devrais me moquer de ce groupe, ne contenant plus que deux membres originaux, dont un à moitié sourd , et qui revendique sa vieillesse dès la pochette. Une affiche de vieux cirque, un dessin de femme semblant sortir des années 50 , Chuck Berry , et Pete Townshend s’inscrivant dans le même tableau . Ce n’est plus du kitsch, c’est du traditionalisme assumé, ou une certaine glorification de la nostalgie.

Et pourtant, ce disque est un petit miracle comme seuls les musiciens de leurs générations semblent capable d’en créer. Certes, on ne parlera pas ici de classique, l’époque ne permet plus au groupe de représenter autre chose qu’une période glorieuse du passé, mais on tient tout de même leur meilleur disque depuis « Quadrophénia ».

Il ne faut pas oublié que, déjà avant la mort de Keith Moon, les Who étaient mort, éreinté par la magnifique série « Tommy » , « Who’s Next » , « Quadrophenia ». L’album suivant, « Who Are You » , était un hamas de chansons faiblardes , ou le synthé noyait la puissance sonore du groupe au lieu de la souligner.

Si « Who’s Next » est un classique, ce n’est pas seulement parce que Pete utilisait pour la première fois des claviers modernes, mais parce que ces claviers étaient un moyen de décupler le lyrisme épique de son groupe. C’est ce même lyrisme que l’on retrouve ici, « all music must fade » donnant l’impression que la grande époque du groupe était hier.

Cette puissance post « Who’s Next » brille magnifiquement jusque « Street Song » , puis la tension retombe un peu , la ballade « I’ll Be Back » sonnant un peu comme du procol harum mollasson. Si cette première ballade annonce clairement une baisse de régime, le groupe a encore assez de savoir-faire pour finir sa course de façon honorable.

Les titres tels que « Break The News » réussissent tout de même à rappeler la beauté de la pop sixties, la production se chargeant de dépoussiérer tout ça. Mais on est désormais plus proche de l’évocation que d’autre chose, le groupe finit par rappeler ce qu’il a été sans vraiment l’égaler. Et, si le souvenir est plaisant, l’exercice est condamné à lasser si le groupe retente l’expérience.
Alors, oui , le derniers Who est un disque sympathique et réussit , une petite friandise qui a le charme de ces villes anglaises , où la tradition semble toujours côtoyer la modernité. Townshend a bien fait de résister à son espoir de « mourir avant de devenir vieux ».

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