Chroniques — 10 juin 2020 at 6 h 09 min

The Sleep Eazys – Easy to Buy, Hard to Sell

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A chaque fois que Joe Bonamassa sort un disque, je me demande comment il trouve le temps, l’inspiration, et la volonté de sortir autant de disques, puis je vais faire un tour sur le net pour vérifier le chiffre. Cette fois-ci, pas besoin, le communiqué de presse nous annonce qu’il en a sorti plus de 40, TTC.

J’admire le personnage, son parcours, son amour réel pour son instrument et le blues, son talent, et bien évidemment la qualité élevée de sa production. Contrairement à d’autres artistes, qui ont forcément connu des hauts et des bas, Joe Bonamassa n’a jamais sorti d’infâme bouse, ou ne serait-ce que de disque inintéressant, et c’est déjà une performance.

Musicien multi-facettes, il a revanche sorti des disques allant du pur blues, au rock plus classique, en passant par des productions parfois un peu plus orchestrales, et je mentirais si je disais que tout me passionne, question de goûts. La tendance qu’il avait à complexifier ses arrangements (à grands renforts de cuivres et de choristes) au début/milieu des années 2010 m’a parfois moins passionné que ses débuts solo en power-trio jouant du blues-rock gavé de solo criards, encore une fois, question de goûts.

Les deux derniers disques solo de Bonamassa m’ont énormément plu, marquant un retour aux sources, de même que son concert à la Seine Musicale en 2019, et j’étais très excité de découvrir cette nouvelle livraison, 100% instrumentale. Il faut dire que même pour un tel musicien, aussi bien entouré soit-il, le challenge est de taille !

Alors ? Et bien… difficile de répondre.

J’ai vraiment adoré certaines pistes. Prenons par exemple Ace Of Spades : un bon rock, avec un son qui twang comme il faut, un ryhtme soutenu, et une ambiance vraiment sympa, un peu crade. Ou bien Blue Nocturne, un blues calmes avec des parties de guitares très mélodiques et une progression vraiment intéressante dans l’intensité du morceau. Ou encore It Was a Very Good Year, franche réussite que je peine à décrire, calme, hypnotisante. Enfin, Bond (On Her Majesty’s Secret Service) parvient à captiver l’auditeur et est magnifiquement construite.

Le point commun entre ces chansons est que, à mon sens, elles racontent une histoire, elles nous transportent, et c’est peut être ce qu’il y a de plus difficile à faire pour une chanson instrumentale. A l’inverse, d’autres titres ressemblent plus à des chansons auxquelles on aurait peut-être oublié de rajouter les paroles : Polk Salad Annie est une excellente chanson, avec une vibe old school qui est vraiment cool, mais qui ne décolle jamais vraiment, Ha So fait voyager du flamenco au surf rock mais ne captive pas vraiment, et Fun House me fait plus penser à un morceau que le groupe pourrait jouer en entrant sur scène, au moment où la lumière s’allume, qu’à une chanson qu’on attend avec impatience dans le set.

Un autre point qui peut déranger certains (même si là, pour moi ce n’est pas gênant), est que le disque passe vraiment du coq à l’âne, avec du jazz, du flamenco, du surf, du blues, des gros cuivres, parfois dans une même chanson. Cela pourra décontenancer l’auditeur qui cherche une cohérence dans les titres, lui faisant plus penser à une suite de chansons qu’à un album.

Alors maintenant, qu’est-ce qu’on peut retenir, objectivement ? D’abord, que musicalement, que l’on parle de l’exécution ou de la production, on est face à du très solide. Qu’ensuite, en terme d’ambiances, de variété, on a un excellent  et impressionnant aperçu de toute la palette incroyablement riche de Joe Bonamassa, le tout en à peine plus d’une demi heure. Et que, enfin, il est probable que en écoutant le disque, vous accrochiez à certains titres plus qu’à d’autres, mais pas forcément les mêmes que dans mon cas, en fonction de votre sensibilité musicale.

Pour conclure, je pense que ce disque ne sera probablement pas un élément marquant de la discographie de Joe Bonamassa quand il sera tout vieux et qu’on regardera dans le rétroviseur, mais qu’il a dû être un disque jouissif à faire pour un tel musicien, et qu’il reste agréable à écouter pour l’auditeur, malgré ses faiblesses.

Note de la rédaction
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