Interviews — 12 décembre 2014 at 16 h 34 min

LOFOFORA – Ateliers des Môles – Montbéliard (25)

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DRF : 1989, Lofofora sort de l’œuf ! Quand vous vous retournez, vous voyez quoi ? ?

REUNO : Je vois un mur avec un canapé !!! J’ai un torticolis j’arrive pas à me retourner, je ne suis pas trop passéiste, pas trop nostalgique non plus. Je vois une histoire que j’ai eu raison de vivre et surtout aucun regret car ça sert à rien. J’avais une grand-mère qui disait ça : « les regrets sont stériles » et elle avait franchement raison là-dessus. Vaut mieux avoir des projets que des regrets. Je n’aurais pas la prétention de dire que l’on a eu tout bon tous juste, que l’on n’aurait fait aucune erreur, aucune faute, ce serait faux mais cela fait partie de l’apprentissage de la vie.

DRF : Pour L’épreuve du contraire, il y a comme un retour en arrière (1er album) ou plutôt un condensé de tous les Lofo ?

REUNO : On ne se pose pas ce genre de questions, on essaie de faire la musique qui nous plait de faire. C’est juste au moment qu’on a tout dans la boîte et que l’on va bientôt mixer, que l’on commence à penser quelle tête pourrait faire notre public en entendant tel ou tel morceau !! Mais avant ça, y a pas de réunion où on se dit  « bon le prochain album on va faire comme ça comme ci », c’est à la bonne franquette aussi !!! On amène tous ce qu’on a dans nos musettes et on essaie de faire quelque chose d’assez cohérent. Donc c’est vrai que par rapport aux 2 ou 3 premiers albums de Lofo qui étaient peut-être d’un bloc, dans un style bien défini , celui-là va un peu visiter d’autres univers différents, plus d’émotions qu’on peut avoir avec Lofo comme, c’est vrai, on a pu le faire plus fréquemment dans les 1er disques. Je pense pas pour autant que ce soit un retour en arrière parce que je pense que c’est pas vraiment la même teneur de morceaux mais avec la touche Lofo. Avec le temps y a une identité qui s’est plus clairement dessinée, définie. Forcément ce qu’on fait, fait penser à ce que l’on a fait auparavant par ce que c’est NOUS !!!!

DRF : Avec qui avez- vous travaillé sur cet album ?

REUNO : On a rebossé avec Serge Moratel en Suisse, de Génève, avec qui on était allé pour Monstre Ordinaire. Puis vu qu’en Suisse c’est archi cher ne serait-ce que pour être héberger et acheter de la bouffe dégueulasse, du coup, on a préféré aller en Bretagne près de Rennes, et on a demandé à Serge de venir avec nous, dans les studios des enragés. Il était bien content.

DRF : C’est tout le groupe qui est resté un ado attardé ou seulement certains ?

REUNO : C’est tout le groupe, c’est même une grande partie de l’équipe avec nous, puis même une grande partie de notre public aussi !!

Je pense que quand on est là, lors d’un concert de Lofo ou tout le monde à la banane, et qu’on vit un truc assez intense tous ensemble, je pense qu’on est proche de la même espèce d’excitation qu’il y a dans le bus quand tu pars en colonie de vacances. De 12 à 60 ans, on est des ados attardés ! Y en a du coup, ils sont des ados précoces mais après c’est foutu ça reste coincés.

DRF : Entre le bal des enragés, Mudweiser… quand est-ce que vous avez trouvé du temps pour composer le nouveau bébé de Lofo ? Travaillez-vous déjà sur le prochain ?

REUNO : L’album est sorti il y a 2 ou 3 mois, ça fera 3 mois dans une semaine. Écoute pour l’instant on pense pas trop au prochain ! On pense déjà à bien jouer les morceaux de cet album-là en live, ça commence à s’installer, à prendre forme. Mais on est pas trop du genre à cumuler les périodes des tournés avec celles de compo, c’est souvent des périodes un peu séparées.

 

DRF : Lofofora a toujours mis au centre de sa musique les textes … parfois quand vous écoutez ou que vous jouez de vieux morceaux vous n’avez pas l’impression que ses chansons restent malheureusement d’actualité ?

REUNO : Si si, il y a des chansons que j’aimerais bien qu’elles soient ringardes par exemple des chansons comme L’Oeuf qui était notre tube dans nos débuts. J’aimerais qu’aujourd’hui ce soit complètement désuet de chanter « Une Seule Race, Plusieurs Couleurs » et que tout le monde disent «  on le sait déjà ! ». Et comme ça n’a pas l’air évident pour tout le monde et bien, on chante encore ces morceaux la ! Voilà, je ne crois pas qu’on chante Macho Blues ces jours-ci mais ça nous arrive encore de la jouer régulièrement. Puis c’est pareil, la place des femmes dans la société a pas franchement évoluer depuis une petite vingtaine d’années ou j’ai écrit cette chanson-là ! En même temps, on sait qu’on ne va pas changer le monde en écrivant des chansons mais y a certaines chansons, on préférerait ne plus pouvoir les chanter par ce que le texte est trop désuet. Mais malheureusement ce n’est pas le cas.

Y a des thèmes qui sont un peu récurrent dans mes textes mais tu penses toujours trouver une autres façon de l’aborder et c’est ça que j’essaie de faire : avoir un autre point de vue. Notre musique est assez rentre dedans, j’essaie d’avoir des propos qui sont en accord, avec la musique et donc de balancer des images fortes. Nous, on vient de la scène punk rock et c’est dans l’essence même de cette musique-là, c’est sur une musique relativement agressive que je balance des images chocs et un peu de provocation. C’est cette musique qui m’a donné envie de monter sur scène un jour.

DRF : Après 8 albums, est-ce plus facile ou plus dur de composer ?

REUNO : C’est plus facile car on se connaît mieux les uns les autres. C’est plus facile avec Vincent (je fais pas de la lèche parce qu’il est là) mais avec lui c’est plus facile qu’avec les batteurs précédents par ce que c’est un mec qui écoute ce que jouent les autres, et qu’on a l’impression de faire quelque chose de plus collectif.

C’est plus facile aussi avec l’expérience car tu sais ce que tu veux comme résultat et par où passer pour y arriver et en même temps, c’est un peu plus compliqué pour l’écriture. Même des fois dans la compo, surtout quand je dis : « les mecs ce truc-là ressemble trop au riff de tel morceau qu’on a fait y 10 piges ou sur l’album d’avant ! ». Maintenant, faut aussi faire la différence entre ça et le fait de dire c’est notre patte, notre style et que c’est normal qu’il y ait des choses qui se ressemblent, on a développé un style.

J’écris toujours la musique avant les textes à part pour quelques exceptions du style « La Tsarine » sur le dernier album que j’ai écrit tout seul chez moi. Puis je l’ai envoyé aux copains, j’ai gueulé sur une intro de batteur et j’ai dit faut faire un riff là-dessus ! Mais c’est assez rare.

DRF : Quel est l’artiste ou le groupe qui vous a donné envie de faire de la musique ?

REUNO : Pour moi, je dirais Iggy Pop ou Lux Interior qui était le chanteur des Cramps. Des gens extrêmes comme ça ou Nina Hagen. Quand j’étais ados, ce sont les gens que je trouvais les plus cinglés sur scène, qui vont vraiment jusqu’au bout. Quand tu vas voir un spectacle, tu as l’impression que, pour le mec qui est sur scène, cela pourrait être la dernière minute de sa vie, il en aura bien profiter. J’essaie de vivre le même truc que ça sur scène si je commence à m’emmerder je m’arrêterai vite fait.

DRF : Qu’est-ce que ça vous fait la scène ?

REUNO : Ça me fait bander !!!

Voir les regards des gens que l’on arrive à faire sortir d’eux-mêmes, et surtout de sortir de nous-même avec les copains en jouant notre propre musique. Le plus kiffant, le plus valorisant dans notre métier, c’est quand tu vas faire le concert et que les gens s’en vont et qu’ils ont tous la banane.

Vincent : Et les gens qui ne veulent pas s’en aller, qui en veulent encore.

DRF : On sent parfois les gens nostalgiques à la fin de vos concerts en entendant dire « ha tiens j’aurais préféré entendre ça ou ça » vous avez quoi à dire à ces gens ?

REUNO : Fallait être là à l’époque où on le jouait le morceau !!

C’est comme si tu vas voir Roger Moore et que tu dis : « Putain, je préférais quand il jouait James Bond !! ». Va acheter le DVD alors !!

On n’est pas un tribute band de Lofo, les groupes qui reprennent que tel ou tel groupe et qui font forcément le best of. Nous, il y a des morceaux que le public placerait dans le best of de Lofo et qu’on a plus du tout envie de jouer et on ne va pas les jouer juste parce les gens le demandent, on est pas au resto c’est pas un concert à la carte !

DRF : Alors un best of dans 15 ans ?

REUNO : Non ça sent le sapin !!! Les tournés best of ça me va pas. Les groupes qui rejouent l’album qu’ils ont fait y a 20 ou 25 ans je trouve ça… (Réflexion) … Le rock pour moi, c’est pas une musique passéiste même si tu reprends toujours les 3 mêmes accords que dans les années 60. Tu peux être fan d’Elvis en 2014 c’est pas absurde mais en même temps, faut que dans ton intention il y ait quelque chose de maintenant. C’est pas un truc que tu sors d’une boîte comme d’un musée qu’il faut faire attention, NON !! Le rock’n’roll tu peux t’essuyer le cul avec aussi !!!

DRF : Est- ce que dans votre jeunesse vous avez échangé des cassettes avec des potes, copié des imports des states ? Alors quel est pour vous la différence entre cette vieille méthode et le téléchargement soit disant illégal ?

REUNO : Nous c’était des 78 tours en cire avec manivelle !!

Que les gens soient responsables et qu’ils assument de voler un truc. C’est pas parce que la porte est ouverte que ce n’est pas du vol mais faut assumer !! Les gens disent « oui nous partageons la musique » et je dis : « non tu peux partager ce que tu as dans ton frigo quand c’est toi qui l’as rempli ».

Quand un mec pompe sur un site des albums pour après les rediffuser, ça s’appelle pas du partage. Les gens disent aussi « oui pourquoi la musique devrait être trop gratuite !! ». Ben oui les loyers aussi et l’essence, et les caddies de chez Carrefour ça devrait être gratuit !!

Comparer le téléchargement aux copies cassettes, je trouve ça un peu bidon car à l’époque, pour faire une cassette fallait rester pendant une heure et demi devant ton appareil, aujourd’hui il suffit d’un clic et tu as des heures de musique. Ce n’est plus dans la même démarche que lorsque tu faisais une cassette pour un pote maintenant c’est un copier-coller de 15 gigas.

Après si les gens veulent télécharger, qu’ils le fassent mais qu’ils ne se prennent pas pour des héros ni pour des chantres de la liberté.

De plus, nous sommes dans un style de musique où le public attend du son et si tu n’as pas un euro à dépenser pour faire ton album, l’enregistrement tu le fais chez toi avec ton micro sur ton ordi ! Du coup que les gens ne se plaignent pas d’avoir des albums avec un son tout pourri !!!

DRF : Top 5 des albums 2014 ?

REUNO : Black Angels, un groupe psychédélique comme on aime bien qui tourne un peu pop 60’s.

Je vais conseiller d’écouter le nouvel album de La Canaille ! Un groupe français qui écrit en français, genre rap avec batterie-basse-guitare avec des supers textes.

Les gars d’Anorak, qu’on a fait jouer avec nous au Trabendo, c’est du hardcore métal assez bourrin un peu atmosphérique, un groupe de Picardie.

Les copains de 7weeks qui viennent de sortir un nouveau 5 titres.

Le nouvel album de Zoë, le groupe dans lequel nous avons débauché Vincent, c’est un groupe de rock’n’roll, ça sent bon le gazole et ça va à 200 à l’heure !

DRF : Question pour Vincent : depuis quand es-tu arrivé et comment ça se passe ?

Ça fait 5 ans et demi que je fais partie du groupe ça fait du bien. C’est un groupe que j’aimais et que je reprenais avec les copains il y a quinze ans. A l’époque, on essayait de faire du Lofo !! La première répète que j’ai fait avec Lofo, c’est moi qui chantais ! Je faisais de la reprise de Lofo avec Lofo, c’est mon coverband ! Ils sont pas trop chiants et tout se passe bien.

DRF : Merci à vous les gars et bon concert !!!

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