Chroniques — 29 avril 2020 at 8 h 22 min

JONATHAN WILSON – Dixie Blur

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Dixie Blur - Le Canal Auditif

Cela fait déjà deux ans que « Rare Birds » est sorti. La richesse de ce disque se dévoile un peu plus à chaque écoute, laissant voir une palette d’influences exceptionnelle. A son écoute, on est transporté sur les hauteurs rêveuses du progressisme pop et rock, et Brian Eno nous fait discrètement signe au détour d’une mélodie. La profondeur hypnotique explore les fonds abyssaux de l’electro ambient, si chère aux contemporains de tangerine dream.

Grande suite d’odes célestes, le disque marquait la mue de celui qui, jusque-là, flirtait plus avec la douceur romantique d’un Tom Petty. La réussite fut si incontestable qu’on pensait qu’il avait trouvé son élément. Et on ne lui en aurait pas voulu s’il était resté dans ces décors synthétiques et fantasmagoriques.

Mais Steve Earle a proposé à Steven Wilson de renouer avec les terres historiques de Nashville, et la tentation était trop forte pour y résister. Notre homme partit donc à la hâte, formant rapidement un groupe avec quelques musiciens locaux. Il revivait ce vieux rêve de troubadour, qui colle à la peau du folk, cette envie simple d’entrer en harmonie avec des musiciens inconnus.

Les longues séances d’enregistrement en solitaires, c’était bon dans les sixites, quand les hermites en question se nommaient Lennon , Mccartney et Brian Wilson. Le monde n’a plus besoin de ce sacrifice. On soulignera, au passage, que les ex Beatles et le génie des Beach Boys retournèrent finalement sur scène. Et ils le firent avec tellement d’enthousiasme, que deux d’entre eux produisirent des chefs d’œuvres enregistrés en public.

«Dixie Blur» devait être une fête spontanée, et pour fêter la musique il faut enregistrer live, gommer ces barrières que l’on érige entre soi et le public. «Dixie Blur» a la splendeur d’un coucher de soleil entre les falaises du grand canyon, on peut presque voir les grand espaces à travers ses jams.

Le psychédélisme est encore bien présent sur les mélodies de Just For Love et 61 Corvette, mais il aide plutôt nos oreilles à s’émerveiller de ses mélodies champêtres. Ses instrumentaux, toujours très mesurés, sont des arcs-en-ciel au milieu du désert, et le chanteur murmure pour ne pas troubler notre quiétude.

Il est revenu de sa tristesse introspective, s’est débarrassé de ses ambitions démesurées, et redescend de ses sommets synthétiques pour célébrer l’americana. Et n’allez pas croire, lorsque vous entendez pour la première fois les titres qui ouvrent ce disque, que notre homme est venu déprimé au milieu du désert.

« Dixie Blur » est un de ses disques les plus lumineux et festifs, il s’inscrit dans le sillon de fêtes rustiques telles que « Harvest » ou les grands disques du Band. Les bluettes comme «Oh Girl » sont chaleureuses comme un feu de camp au milieu du désert nocturne, une douceur qui réchauffe les âmes et enchante les cœurs.

Parlons-en d’ailleurs, des cœurs, symphonie des voies emmenant la chatoyance bluegrass au nirvana. Les cœurs, c’est comme la musique triste dans les drames cinématographiques, ça ne marche que si c’est bien placé. Depuis des années, la pop a tendance à les employer à tous bout de champ, et ça donne le même effet irritant que la tête de chien battue de Natalie Portman dans Retour à Cold Mountain. Le moule était cassé depuis les grandes heures des Beach Boys et des Beatles, et Wilson vient enfin d’en recoller les pièces. Disséminées sur des titres comme «Ennemies », ses harmonies vocales font décoller les titres à des sommets que durent atteindre les musiciens d’autrefois, sur la route miséreuse de la grande dépression.

Jonathan Wilson reste un esthète du son, mais ses douceurs musicales naissent désormais de la communion de musiciens habités par le patrimoine musical américain. Quand une poignée d’homme se réunissent autour d’une certaine vision de la musique, il arrive qu’ils parviennent à un degré de communion magnifique.

La magie est alors immédiate et universelle, comme si cette réunion limitée avait synthétisé une part de la grandeur humaine. Quand le disque se termine, on se dit une nouvelle fois que l’on vient d’entendre le véritable Steven Wilson, qui s’installe confortablement à la suite du Loner et du Band.

Encore une fois, on ne lui en voudrait pas de prolonger une telle splendeur. Mais son esprit volatile rêve sans doute déjà d’autres horizons au moment où j’écris ces lignes.

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