Interviews — 13 mai 2019 at 11 h 46 min

[INTERVIEW] LES RAMONEURS DE MENHIR – Loran ( chant-guitare – boite à rythme) – Laurent ( sonorisation)

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Messieurs bonjour , la dernière fois qu’on s’est rencontrés vous étiez à Marseille au Moulin avec une bouteille de Pastis Mon Vié à la main on enterrait tranquillement Notre Dame des landes ( dans le bon sens du terme) comment vous allez ?

Loran: niquel ça va vraiment bien. on vient de faire 7 concerts en 8 jours, on est bien. On est certes en décallage horaire par rapport aux autres. La tribu va bien, on est très heureux de jouer.

Ça vous emmerde pas trop de prendre encore du temps pour répondre à des questions qu’on vous a déjà posé 10 000 fois ?

Hé bien si on est obligé de me poser pour la millième fois une question c’est que je n’ai pas été assez clair dans les réponses précédentes (rire).

D’ailleurs c’est quoi la question à laquelle vous en pouvez plus ?

Y’en a pas vraiment. je suis ouvert à tout.

 vous avez sorti un album Breizh Anok . Avec vos collègues du Bagade de Quimperle où nombre de vos musiciens ont évolué et ont gagné des prix prestigieux. La rencontre, on vous demandera pas vous en avez parlé maintes fois …

Oui effectivement Eric et Richard ont joué avec eux. Et Jean Pierre aussi qui vient jouer de la cornemuse sur tout nos albums. D’ailleurs il faut dire que la seule fois où ils ont gagné des concours c’est quand Eric et Richard jouaient avec eux. Pour eux c’était un moment fort. et puis la musique c’est toujours une histoire d’amour entre des humains, ça ne peut pas être autrement.

mais moi je voudrais bien savoir comment s’est organisé la collaboration pour la création et l’enregistrement ?

Laurent: Il y a eu du travail ça c’est certain.

Loran : Il y a pas vraiment eu de règle. On pouvait partir sur des morceaux à eux , où ils pensaient que ça pouvait être intéressant de les arranger autrement. Ou alors nous emmenait des morceaux. C’est vraiment une collaboration complète, il se sont pas collés sur nous. Ça a été un travail de deux années. A un petit rythme. Il faut savoir qu’un Bagad en Bretagne c’est amateur, c’est des gens qui travaillent la semaine, le week-end ils répètent , ils partent souvent jouer, en général une fois par semaine , il reste pas beaucoup de temps. La première année on a surtout appris à jouer ensemble, et la deuxième année on a commencé sérieusement à préparer le disque avec ce qu’on avait travaillé la première année. Nous on fonctionne un peu comme ça : on joue, on joue, on joue, on fait plein de trucs et au bout d’un moment il y a des choses qui se détachent. hé bien ces choses qui se détachent on va les travailler un peu plus.

Bon et une fois cet album sorti vous êtes retournés à la machine à fric à laquelle je vais aussi chaque année par plaisir et aussi pour le magasine qu’est le Hellfest !! Anticapitaliste comme vous êtes ça me troue un peu le cul de vous voir jouer là-bas c’est comme si un groupe anti fa allait jouer dans une soirée d’ultra droite

Moi tu vois quand je réfléchis il y a un parti pris de Ben de faire jouer des grosses têtes d’affiche. Après ce que je trouve vraiment intéressant avec le Hellfest c’est qu’il y ait 160 groupes internationaux à 200 balles. Alors oui ça fait un gros budget à sortir mais franchement tu vas retrouver 3 groupes dans une soirée au zénith pour le même prix. Et puis ce qui est fort c’est que le festival est complet avant même l’annonce de la programmation. Ça prouve bien que les gens ne viennent pas que pour les groupes mais aussi pour l’ambiance et pour l’esprit et je pense que tu y passes un super moment. Et puis quand je vois les gens qui claquent leurs thunes pour des petits paquets avec de la défonce pourrie, franchement c’est de la grosse daube qui leur rince le cerveau . On peut dire que les gens peuvent les trouver facilement les 200 balles.

Alors la Bagade et son expérience Hellfest c’était comment pour eux . Perso j’ai trouvé ça juste fou comme concert et merci beaucoup à vous .

Loran: c’était un truc de ouf pour tout le monde ….

Laurent: Pour moi faire le son sur la warzone et envoyer pour autant de monde ça fait un sacré taf ….

Loran: Eux ils n’avaient jamais vécu ça. En tant que Bagad  ils ont jamais vécu le fait d’être invité dans un gros festival de rock, extrême, et quand je dis extrême c’est au bon sens c’est à dire des gens qui sont entiers dans leur musique. De voir ça ils se sont pris une grosse claque. Je pense que pour les gens pareils, car ils ne s’attendaient pas à avoir un Bagad, il y a peut être même des gens qui ne savaient pas ce qu’était un Bagad. Personne ne s’imaginait qu’un Bagad puisse venir jouer au Hellfest et fasse un truc avec un groupe électrique. Et en plus le défi qu’on a fait, on a joué le dernier album. On s’est retrouvés sur la warzone devant autant de personne à jouer que des morceaux que les gens ne connaissaient pas. Ça c’est pas mal non plus. Après pour Laurent point de vue de la technique c’est compliqué, tu as que 50 minutes de balance pour faire le son et tu passes d’un son tout petit à balancer dans la grosse façade. on est quand même 50 sur scène c’est pas facile non plus. Je peux te dire que là c’est l’angoisse du gardien de but avant le penalty (rire).

Laurent: T’inquiète y’a pas d’angoisse. Il faut dire qu’on avait déjà vachement bossé en résidence avec le Bagad avec des systèmes de retour de scène, on avait déjà dégrossit ça tous les dimanches, ainsi que l’implantation des musiciens et tout le reste ….

Loran: Ca peut paraître con mais quand tu fais un fest comme celui-là les groupes ne prennent pas de risques. Ils balancent des morceaux que tout le monde connait. Nous on offre des nouveaux morceaux, et en plus on est 50, autant dire qu’on se met une pression de fou. Mais jouer avec ce Bagad c’était aussi une façon pour nous d’affirmer que Clisson est une terre Bretonne. 

Moralité vous arrivez à faire des concerts dans des régions plus éloignées en compagnie du Bagad ?

Ça on a pas réussir. J’ai vraiment pensé que ça intéresserait des festivals à travers le monde, car ce que l’on a fait ça reste unique en son genre je trouve. Peut être qu’on est pas dans des réseaux de tourneurs, peut être parce que les Bagad de Bretagne sont invités uniquement sur des festivals traditionnels c’est très rare qu’ils soient invités dans des autres contextes. Ça doit pas être les mêmes réseaux.  Mais on a fait les Cornouailles. On pensait partir à l’étranger mais ça nous a pas ouvert de portes. On reste un groupe indépendant, on est pas un groupe conventionnel, on ne fait pas de clip, on ne fait pas les choses qu’un groupe devrait faire pour se développer. Nous on fonctionne au public. Moi j’ai connu une grande partie de ma vie sans internet. Pour moi là il y avait des réseaux entre les gens. Avec internet les gens communiquent beaucoup de façon virtuelle mais humainement il n’y a plus rien.

Bon en 2017 un album …. vous en êtes où de l’écriture d’un prochain ou même de quelques bribes de titres ?

Oui on est déjà partis sur un prochain album. On va travailler et encore travailler et après quand on en ressentira le besoin on enregistrera. On sait pas encore où on va aller … on va voir. Je vais peut être prendre une autre boîte à rythme, je vais peut être un peu retravailler la guitare mais on a envie d’évoluer sur le prochain album. Pas évoluer dans le sens où ça va devenir de la soupe, dans le sens où souvent quand les groupes avaient bien commencé ils deviennent de plus en plus pop. Nous c’est pas du tout notre trip. On a vraiment envie de dire des choses et de mettre des morceaux que l’on aime, en avant.

EN 2019 t’es plus évolution ou révolution ?

Je te l’avais dis déjà. La révolution le problème c’est que ça tue des gens. Et quand on regarde dans le monde est-ce qu’il y a des peuples qui ont évolué avec des révolutions. Par contre l’évolution ça c’est radicale. Tu vois moi par exemple j’ai pas besoin de casser les banques … j’ai plus de compte en banque. Tu vois ça c’est une évolution.

A l’heure où on parle de l’école de la confiance, l’école de la république et où on laisse encore le choix à certaines régions et villes de décider de certains programmes extra scolaire, ne serait-il pas plus intéressant dans les classes de trouver des paroles de nos hymnes régionaux , comme pour Marseille la coupo santo , plutôt que la marseillaise ou qu’on propose des langues régionales plutôt que de leur apprendre le portugais ou d’autres langues même si à mon sens cela peut-être une chose très riche pour l’avenir de nos enfants ? Et je sais que chez vous vous avez un truc avec vos écoles.

Il y a pour moi une grosse contradiction entre l’esprit de laïcité, l’esprit d’ouverture et de vivre ensemble avec la Marseillaise. Parce que quand on écoute la marseillaise:  » qu’un sang impur abreuve nos sillons »  moi je pose la question: qu’est ce que c’est qu’un sang impur ? et c’est exactement ce que disent daesh en faite. Ils disent que notre sang impur et c’est donc pour ça qu’on ne mérite pas de vivre. Donc si tu veux, en réaction au fascisme religieux, chanter la marseillaise ça me pose un problème. Ça me pose aussi un problème quand des gars vont sur des ronds points avec un drapeau français.  Ça me gave je ne vois pas le rapport. pour moi l’oppression vient de la France. la France est un pays qui colonise les autres, qui pense qu’il est supérieur aux autres qui pense que sa pensée est meilleure que les autres et qu’il a tout à apprendre aux autres.  Donc ça c’est vraiment un problème. Tu vois en Bretagne les gens ne se comportent pas comme ça. C’est des voyageurs, il y a beaucoup de marins, dans tous les pays qu’on visite il y a des bretons. et jamais les bretons ne vont imposer leur manière de vivre, ils résistent culturellement. Là où ils sont il y aura un cercle de danse, un Bagad, pour que la culture ne se perde pas. Mais jamais ils ne vont imposés ce qu’ils sont aux autres jamais ils ne vont penser que leur culture est supérieure aux autres. Ils l’a font perdurer leur culture mais jamais ils ne l’imposeront. ce qui est bien c’est la diversité, tout le monde le sait. Alors quand j’entends dire « qu’un sang impur abreuve nos sillons » ça veut dire qu’on estime qu’il y en a qui ont un sang impur. Alors moi ça m’emmerde qu’on apprenne ça à nos enfants, en plus en leur faisant croire que c’est le chant de la liberté. pour moi c’est un chant qui incite à la violence.

Souvent dans des interviews vous dites que vous êtes contre le fanatisme, c’est d’ailleurs pour ça que vous ne prenez pas l’auditeur comme un fan mais bien comme une personne à part entière. Dans votre démarche revendicative est-ce que l’on ne pourrait pas y voir une sorte de fanatisme de part la récurrence du discours ?

Non je suis pas d’accord. Ce n’est pas un fanatisme de répéter les choses car parfois j’ai l’impression qu’il faut les répéter. Si les choses changent , pas de soucis mais si ça reste comme ça je continue. Tu vois si ça avant change je chanterais pas « porcherie ».  Ce n’est pas un fanatisme politique, ce n’est pas une propagande que je fais , mais il faut que le message soit dit. Moi je suis pas du tout branché par internet moi je le fais directement aux gens. Sur internet tu le dis une fois et après tu le diffuse partout. Moi je ne fonctionne pas comme ça je le dis plusieurs fois à plusieurs endroits différents.

Vous vous produisez souvent avec Tagada Jones vous avez jamais été approché pour rejoindre le collectif du Bal des Enragés ? Ça pourrait apporter un sacré truc au groupe tout comme l’avait apporté les Parabellums.

Ben on est pas intermittents. Et le Bal des Enragés ça permet à tout le monde de boucler les fins de mois. Ce serait un peu compliqué par rapport à leur gestion. Du fait que nous nous ne soyons pas intermittents il y a des salles dans lesquelles tu ne peux pas jouer. Ces salles sont subventionnées par l’état qui estiment faire jouer un non intermittent ça fait du tord au professionnel. Nous avec les Ramoneurs on fait du traditionnel et eux aussi c’est du traditionnel rock, ils balayent une très large palette de morceaux emblématiques dans l’histoire du rock. C’est un peu ce qu’on fait nous avec la musique bretonne et punk. après ce qui est intéressant c’est qu’on a pas le même fonctionnement avec Tagada Jones. Et pourtant on s’entend très bien. Ce qui prouve bien qu’on est pas dans un dogme ou dans un fanatisme politique. Ce qui prouve que tu peux ne pas fonctionner pareil mais que tu peux avoir le même but: c’est d’améliorer le système ou de faire un autre système qui n’en soit pas un , de pouvoir vivre mieux autrement. Nous on a notre point de vue eux ils ont le leur, mais ça nous empêche pas d’être pote. On se connait tous depuis longtemps on est tous de Saint Brieuc. Un des terreaux de la scène Bretonne en matière de punk c’est Saint Brieuc.  Les 22 longs riffs , Tagada, les Nevrotic Explosion, et tant d’autres , à la base ils viennent tous de là. Et pour des raisons professionnelles ben les gars se dispersent en Bretagne.

Bon quelle est la question que tu as toujours voulu qu’on te pose mais qu’on ne t’a jamais posé ?

Yen a plein. Parfois on essaie de faire plein de petites références  de petits clins d’oeil aussi bien dans les textes que dans la musique, aussi bien maintenant qu’à l’époque des Berus, mais je trouve que les gens sont pas curieux. Démarquons nous de la presse officielle qui, elle, traite en surface,  qui offre aux gens ce qu’ils veulent voir c’est à dire de la violence et des choses superficielles. Il faudrait essayer de faire sortir les racines des groupes, savoir leur point de vue, savoir  pourquoi ils sont là ? Par exemple peut-on faire un groupe de rock sans être revendicatif?  Il y a plein de thèmes. Pourquoi ne pas forcement être intermittent ? Il y a plein de thème récurent des choses importantes pour moi car ça fait 42 ans que je joue et ma conduite est la même. Ok on a joué au Hellfest, car l’esprit nous correspond, mais on a joué aussi à l’Olympia …cela aurait pu faire réagir les gens. Ça aurait pu paraître comme une traitrise pour plein de punk de jouer dans un temple du show-bizness, mais ce qui a été intéressant c’est qu’on était au cœur du monstre et qu’on a fait un concert avec bon esprit. Et ça a permis à la scène punk rock de jouer dans un lieu comme celui-ci. Après ça s’est ouvert car ils se sont rendus compte qu’il y avait pas de problème qu’il y en avait plus à Charles Aznavour avec les fans hystériques.

Et on va terminer par de la lecture : c’est quoi le dernier bon livre que tu ais lu ?

 Un bouquin de Keith Richards qui explique sa vie. Quelques temps avant j’ai lu celui de Patty Smith. Quand tu lis ses bouquins tu te rend compte qu’on régresse, c’est très intéressant.Les espaces de libertés fondent comme la banquise, c’est un truc de fou. Imagine les Rolling Stones, le rapport au Blues, à la vie. Les gens pouvaient se mettre tout nus, il y avait de la défonce de qualité et non des trucs pourris fait par des chimistes pourris qui sont juste là pour faire de la thune. Les gens pouvaient vivre des expériences humaines, intellectuelles. Moi j’adore lire les histoires des gens surtout quand c’est écrit par eux-même.

Et je vous remercie beaucoup pour le temps pris pour répondre .

Je remercierais jamais assez les gens qui viennent, plus je vieillis plus ça me fait plaisir car le jour où les gens ne viendront plus il n’y aura plus de concert. Il faut aussi penser aux bénévoles, et les patrons des salles, sans eux , sans tout ce monde rien ne serait possible.

 

Merci à Julie (manageuse des Ramoneurs) merci à Aurianne ( Atelier des môles)

Photos par Nicolas Keshvari

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