Interviews — 14 juin 2017 at 8 h 36 min

Interview – Eric Canto – Photographe Juin 2017

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Eric Canto, bien connu dans le milieu de la photo et de la musique, est un photographe hors pair, avec un talent fou et un énorme cœur. Mais arrêtons-là les flatteries car si, à ce jour, il est d’une grande humilité, il risquerait de vite prendre la grosse tête. A l’occasion de la sortie prochaine de son livre « A suspended moment in time », il nous livre les secrets de sa conception, dans une ambiance plutôt détendue ! Les premiers mots du livre résument l’idée de ce bouquin : « Ils entrent en scène en écartant d’une main les rideaux de la célébrité, et face à eux, soudain, des milliers de regards impatients que la cérémonie commence… Ils font face au public et aussitôt un masque couvre leur visage, comme une seconde peau. »

 

Tout d’abord Eric, tous nos lecteurs ne te connaissent pas encore, alors peux tu te présenter en quelque mots ?

Je fais de la photo depuis dix ans maintenant, principalement dans le domaine de la musique, pour des labels, des magazines et même des artistes. Je fais aussi bien des photos de concerts que du portrait, de la conception de pochettes d’albums et de la communication qui tourne autour de leur sortie.

 Beaucoup de monde te connaît via ton travail avec les Mass Hysteria. Quels sont les autres artistes avec lesquels tu as collaboré ?

 On me connaît en effet surtout dans le milieu metal grâce aux 6 albums des Mass que j’ai fait, mais j’ai aussi bossé avec des groupes comme Lofofora, ou encore Unswabbed. Mais je vais t’étonner, j’ai aussi bossé avec Olivia Ruiz, et tout récemment avec des artistes comiques. Je travaille surtout sur des coups de cœur et aux détours de rencontre que je peux faire, mais la base reste avant tout le metal et le rock.

 Sur l’ensemble de ton travail artistique sur les différents albums, quel est celui qui, à ton goût, est le plus abouti ou réussi ?

 En fait il y en a deux, non plutôt trois au final (rires) ! Je suis très content du dernier album studio des Mass Hysteria (Matière Noire) car il a été « accouché dans la douleur ». Il y a eu une réelle réflexion et un travail très pointu suite a huit mois de discussion avec Yann, qui a des idées très arrêtés et qui sait où il veut précisément aller, que ce soit musicalement ou graphiquement. Pour « Failles » c’était plus simple car il cherchait une « gueule », du coup j’ai cherché dans des foyers d’accueil et d’autres endroits une gueule. Pour « Matière Noire » il avait une idée précise du modèle, de la matière, et on a échangé longtemps pour aboutir à ce résultat. La séance photo qui a été faite 3 mois avant la sortie de l’album a été drastique et militaire. Cette pochette me plait car on a synthétisé tout ce que l’on voulait faire.

L’autre pochette que j’aime beaucoup est celle de Lofofora « Monstre Ordinaire » car je n’avais pas beaucoup d’indication pour arriver au projet final. Reno est venu en me disant « je recherche un visuel qui puisse représenter la monstruosité ordinaire sans passer par le cliché simple du patron en costard cravate en guise de monstre ». Il fallait que cela soit beaucoup plus fin que cela. Ce qui était intéressant était de réfléchir, de chercher, de tester cette idée de ce type qui s’éloigne avec sa pelle avec la vision du gars au sol qui se la serait prise. Il n’y a rien de monstrueux ni sanguinolent mais on pouvait très bien s’imaginer que quelque chose s’était passé. De montrer cette part de monstruosité qui se cache en chacun d’entre nous.

Au final je ne fait pas beaucoup de pochettes d’albums car c’est très long et cela peut mettre des mois avant de la finaliser.

 

Après une courte pause suite à la livraison de sushis nous avons pu reprendre sur son actualité

 

 Nous avons donc évoqué ce que tu as fait par le passé, mais aujourd’hui tu as une nouvelle actualité, c’est la sortie de ton livre. Comment t’es venue cette idée ?

 L’idée m’est venue il y a un peu plus de 8 mois et de quelqu‘un m’a relancé sur le sujet quelque temps après et m’a parlé du mode participatif pour le financement de ce dernier. Je suis parti sur une idée, un concept pour voir si les gens allaient adhérer ou non. Sortir un bouquin à tant d’exemplaires juste pour le plaisir ne m’intéressait pas. L’idée était de montrer mon concept, tout comme je peux le faire pour une pochette d’album et voir si cela peut intéresser du monde ou pas, tout en étant maître de ce que je voulais faire sans aucune directive de qui que ce soit. Et le financement participatif permet vraiment de faire cela, et d’avoir la totale liberté de faire ce que j’ai envie de faire. Je ne fais quasiment pas d’expo, mais l’idée de compiler mes photos pour les présenter a commencé à germer quand j’ai trouvé la trame de ce que je voulais faire.

 Vu la multitude de clichés que tu as pu faire, comment s’est fait le choix des photos pour le bouquin ?

 Le fait de présenter une série de photos sans lien, tout simplement ne m’intéressait pas. En regardant ses propres photos et celles des autres, on remarque au fil des années le chemin que le photographe a pris. Dans mon cas je me suis aperçu que je recherchais des moments assez précis, que ce soit au niveau du cadrage ou du sujet, des moments où l’artiste est dépouillé avec généralement une lumière derrière et peu d’objet, et il y a comme un moment de flottement. Je pense que cela doit venir de mes études de psychologie qui font que je m’interroge sur la présence d’une personne face a une foule de 50000 personnes et ce qui peut se passer dans sa tête à ce moment. Et je me suis rendu compte que c’est ce que je cherchais dans la plupart de mes photos et j’ai décidé de travailler avec un ami écrivain (Pierre Chazal) et je lui ai demandé de transcrire en mot cette idée sur mes photos que je lui avais apportée. Il a écrit un texte qui exprime exactement ce que je voulais dire, et j’ai décidé de m’en servir comme support. L’idée qu’un artiste ou un groupe se mette un masque à un moment donné pour affronter le public et supporter la pression qui l’attend m’intéresse beaucoup. En en parlant je me rappelle d’une interview d’il y a quelques temps de Corey Taylor (Slipknot, Stone Sour) aux Eurockéennes où je lui avais posé la question de savoir si l’apport du masque, qui permet de permet de se lâcher complètement, n’est pas une frustration au final de ne pas être reconnu. Il m’avait fait cette réponse plutôt pertinente, que dés que le masque est mis, il n’y a plus de limite et cela est salvateur car on peut tout se permettre. Et on a besoin de ces masques pour pouvoir exprimer ce que le groupe souhaite exprimer.

Donc le contenu du livre n’est pas qu’une compilation de photos live, mais également de ces moments suspendus qu’on peut trouver également backstage, en loge, ou derrière la scène, ou même des portraits. Ce ne sont pas forcément des moments dramatiques, mais cela peut être des moments de rires avant de monter sur scène par exemple.

 Ton livre sortant au mois d’Octobre, est-ce que d’ici là tu vas encore faire tout une série de photos, le choix des photos est il définitivement fait ou cela peut encore changer d’ici la ?

 Le choix peut et va évoluer obligatoirement, car j’ai beaucoup de matière et je vais travailler avec un ami graphiste qui fait un travail de mise en page fabuleux, pour trouver le raccord parfait entre photos en graphisme. Ca ne va pas être la course à la photo. Mais je vais également insérer quelques textes de mon ami Pierre. J’ai vraiment la liberté de faire comme j’ai envie sans passer par l’aval de qui que ce soit, à l’instar d’un travail que je peux faire pour un artiste et qui doit être validé en amont.

 Admettons, je ne te le souhaite pas, mais que tu ne récoltes pas la somme demandée, sortiras tu quand même le livre ou non ?

 Non non, je ne fais le livre que s’il a un intérêt pour les autres. Je ne le fais pas pour le pur bonheur d’avoir un livre pour le poser sur ma table. S’il n’y a pas d’intérêt, je ne le ferai pas et je n’aurai pas de regret, car l’aventure est, en elle-même, intéressante. Le projet est quasiment abouti, on est a presque 82 % de la somme récoltée, mais si cela ne se fait pas il n’y aura aucun regret, j’en serai triste mais c’est tout. L’intérêt du crowdfunding, au delà du fait de ma totale liberté, et de proposer un produit avec un rapport qualité prix imbattable, chose qui est impossible si je dois passer par une maison d’édition. Cela permet de donner l’accès à des photos à des prix abordables.

 

 NK

 https://www.kisskissbankbank.com/a-suspended-moment-in-time-le-livre

 http://www.canto-photographer.com/

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