Interviews — 7 décembre 2020 at 12 h 16 min

[INTERVIEW] Bertrand Alary – Photographe

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Pour beaucoup de la jeune génération le nom de Bertrand Alary ne dit pas grand-chose, mais pour les anciens comme votre serviteur, il a été parmi les photographes les plus prolixes dans le monde du métal dans les années 80 et ce jusqu’à aujourd’hui. Il a travaillé pour les magazines comme Best puis Enfer Magazine, Metal Attack , Hard Force et bien d’autres magazines étrangers. C’est à l’occasion de la sortie de son livre « Métal 40 ans de musique puissante » que nous avons profité de discuter de cet âge d’or qu’était les années 80 et le décollage de toute cette vague de musique forte mais si agréable à nos oreilles.

Bonsoir Bertrand et merci pour cette interview. Avant toute chose peux-tu te présenter et nous dire le pourquoi de cette interview ?

Le premier concert que j’ai vu c’était Kiss le 27/09/80 à Paris à Pantin et ils étaient maquillés. J’avais alors 19 ans. Ce concert m’avait marqué, avec le maquillage les explosif et Gene Simmons se baladant grâce a un filin. J’ai essayé de m’approcher par un côté puis de l’autre mais c’était impossible et c’est là que je me suis aperçu qu’il y avait des photographes entre le public et la scène et qui pouvaient travailler tranquillement sans la pression du public qui pousse derrière. Et j’ai attendu jusqu’à la fin, j’ai chopé celui qui me paraissait le plus sympa pour lui demander comment faire pour faire la même chose. Et c’était Jean Yves Legras de Best, qui après avoir rangé son matériel dans son sac, m’a expliqué que c’était son métier et qu’il bossait pour ce magazine et qu’il était payé pour faire ça, et qu’il faisait cela tous les soirs. Et comme déjà à l’époque j’étais déjà fan de photo et de concert j’ai décidé consciemment ou inconsciemment d’en faire également mon métier. Donc pendant 3 ans je me suis débrouillé pour aller aux concerts en rentrant un appareil discrètement puis un jour j’ai décidé de démarcher l’attaché de presse du tourneur de l’époque KCP pour obtenir des pass. C’était beaucoup plus simple à l’époque car c’était eux qui donnaient l’accord et non pas les labels ou maisons de disques ou autres. Et donc quand tu étais dans les petits papiers avec ce tourneur qui faisait quasiment 90 % des concerts français, tout devenait plus simple. Un simple coup de fil et l’attaché de presse te mettait sur la liste. J’ai donc continué en freelance de faire des photos sans trop savoir ce que j’allais en faire. Et dès qu’Enfer Magazine est sorti en 1983,  j’ai foncé chez eux et dès le second numéro j’avais des photos dedans. Puis dans Metal Attack et ensuite dans Hard Rock Magazine etc. Au début c’était plutôt des photos live et petit à petit grâce à ces médias j’ai pu faire des photos dites posées. Et petit à petit j’ai lié d’amitié avec des groupes, leurs managers etc ce qui facilitait le travail.

Est-ce que tu t’es cantonné à la scène dite « métal » ?

Pendant les 10 premières années oui, puisque c’était l’apogée de ce type de musique et puis les magazines ont commencé à disparaitre petit à petit. Et puis petit a petit on m’a proposé de faire Dylan par exemple ce qui m’a permis de démarcher Best et Rock n Folk. Dans Best tous les mois j’avais une photo pour la chronique Riff Raff traitant d’un groupe de Hard et c’est Hervé Picard qui faisait le texte. Dans Best a l’époque tu pouvais très bien avoir la une sur Iron Maiden et parler de Depeche mode a l’intérieur. Aujourd’hui même les magazines sont cloisonnés.

Maintenant que les présentations sont faites d’où t’es venu de faire ce bouquin ? Et est ce ton premier ?

J’ai participé a un autre en 1985. C’était aussi une collection Hard Rock en plusieurs tomes et j’ai bossé sur le quatrième volume de la série. Ça s’appelait les Dieux du Rock Lourd.

Quand a celui-ci je l’ai toujours eu cette idée de bouquin car depuis le début je voulais faire un livre qu’avec mes photos et que je choisirais. Et c’est pourquoi depuis 1985 je mettais de côté dans une petite boite la meilleure photo d’une série en vue de la sortie dans un avenir plus ou moins lointain de mon livre. Et grâce ou à cause du confinement j’ai ressorti ces petites boites et j’ai pu m’y atteler car en temps normal avec l’agence (Dalle) je n’avais absolument pas le temps de m’en occuper. On dira donc que c’est grâce a un concours de circonstance. Il y a un an j’ai été démarché par Ground pour faire un bouquin sur le Hellfest, pour le Noel 2019 et quand j’ai présenté mes photos et celles des autres photographes, l’éditrice c’est aperçu que j’avais quand même pas mal de matière et d’archives et m’a proposé de faire un livre généraliste sur le metal pour le Noel suivant qu’avec mes photos. Je lui ai apporté 8000 photos mais elle m’a demandé de faire encore une sélection, et nous sommes arrivés au 666 photos pour 328 pages au lieu des 300 qu’on m’imposait, photos que j’ai moi-même choisi.

Le choix des photos, c’est plutôt des photos de scène ou alors des photos posées ? Et au niveau chronologie du livre tu as choisis quelle orientation ?

Les deux bien évidement. Pour les groupes ou il y a plusieurs pages comme pour Scorpions on y trouve les deux. Mais par contre il y a des pages ou il y a par exemples 5 groupes différentes de moins grande importance du coup c’est soit l’un soit l’autre. Il y a plein de groupe ou il n’y a qu’une seule photo. Cela permet aussi au lecteur de voir les groupes aussi bien sur scène ou encore en backstage ou posé.

Pour la chronologie c’est très simple, comme c’est un dictionnaire on a pris l’ordre alphabétique. C’est aussi le meilleur moyen d’éviter la querelle entre les groupes ou encore avec les lecteurs. Je reçois déjà des mails disant que je n’ai pas mis tel ou tel groupe mais il faut comprendre qu’on ne peut pas tout mettre non plus.

Et justement comme c’est un dictionnaire y a-t-il des lettres pour lesquelles tu n’as pas trouvé de groupe ?

Oui le « X ». Il devait y avoir Xentrix qui devait passer au Helffest mais au final qui n’est pas passé puisque cela a été annulé. Et dans le Hard il n’y en a pas tant que ça des groupes commencant par cette lettre. Il y avait XTC qui est un groupe ricain et qui je ne pense pas qu’ils ne soient jamais venus en Europe. Donc il n’y a pas de « X » dans le bouquin. C’est un alphabet sans X (rires) .

Considères-tu ce livre comme un hommage à tous ces artistes que tu as shooté ou bien plutôt une consécration de ton dur et long labeur ?

Ben c’est les deux en fait. C’est un livre sur ma carrière et qui s’appelle « Metal. 40 ans de musique puissante ». Cela permet de mettre également d’autres groupes qui ne sont pas metal mais qui sont quand même appréciés par le milieu metal, comme par exemple Nirvana ou Asia, ou encore Queen.

As-tu une anecdote cocasse d’un shooting ou d’un concert qui te viens a l’esprit ? A moins que ce soit celle dont tu m’avais parlé lorsque j’ai interviewé Rudolf Schenker ?

Ah oui l’histoire de la photo dans la piscine à Val d’Isère en 89, il en parle souvent en effet. L’avantage avec Rudolf c’est qu’il a fait une école de photo quand il était plus jeune donc il aime ça et il est super ouvert surtout si tu lui amènes une idée. En 1988 il avait une guitare avec trois bâtons d’artifice derrière et qui s’envolaient à 30 m de haut. Donc sur une des dates je lui proposé d’en faire dans une des salles avec les feux d’artifices dont j’ai intitulé la photo « the Witch ». C’était cocasse car il a fallu faire une seule photo il ne fallait pas se rater et ensuite on ne voyait plus rien tellement il y avait de la fumée dans la salle. Bien sûr tout cela sans que qui que ce soit s’en doute ! Pour te dire on était au milieu de la salle et le mur était cramé ! (Rires). Mais j’en ai fait plein avec lui. Une série ou j’ai déguisé ma femme en Mère Noël pour faire un roman photo pour le magazine Burn au Japon.

Et donc je suppose que c’est donc Scorpions qui a été le groupe que tu as préféré shooter lors de ta carrière ?

Non non ce n’est pas Scorpions mais Kiss et pour une bonne raison c’est le groupe le plus professionnel que je connaisse ; Car Stanley et Simmons pendant les 3 premières chansons ne posent que pour les photographes. Ils viennent en devant de scène et ils regardent chaque photographe les uns après les autres pour qu’on ait une photo. Je me rappelle d’un concert au US ou on avait droit au flash, les gars attendait que ça flash avant de passer au collègue d’à côté. Et il n’y a qu’eux qui font ça. Kiss est à fond dans le commercial donc ils savent faire.

Derniére question qui est d’actualité : avec cette histoire de confinement ou peut-on trouver ton livre ?

Partout sans y aller. En click and collecte pour les librairies qui le propose. Il est distribué partout. La Fnac te l’envois même chez toi au même prix sans frais d’envois, ce qui est pas mal d’autant plus qu’il pése 2kg 400. Et il coute 34€95. Et je voudrais finir par dire que la préface est faite par Nono de Trust, la Postface par Rudolf (Scorpions) et les textes par Jean Pierre Sabouret. On y trouve aussi le drapeau des pays des artistes mais également leurs bios et des extraits d’interview. Et j’ai rajouté des anecdotes sur certaines photos, du style Ozzy pissant dans un ascenseur. Je voudrais finir en disant que ce livre est pour faire partager avec les lecteurs des moments fantastiques que j’ai pu avoir lors de ma longue carrière.

NK

https://drive.google.com/file/d/1g9I8za8T4DFfIBZ1Za-tHFELnV38_EGP/view

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