Interviews, Made In France — 9 avril 2018 at 11 h 00 min

[INTERVIEW] ABDUCTION : François Blanc (chant)

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A l’occasion de la sortie imminente de leur nouvel album : « A l’heure du Crépuscule » , François Blanc,  corbin et chanteur d’ABDUCTION nous a accordé un entretien par mail.

Voici, ci-dessous, ses réponses à nos questions :

 

DRF : Bonjour à vous, comment allez-vous ?

François Blanc (chant) : Bonjour à toi, ainsi qu’à toutes les lectrices et tous les lecteurs de Daily Rock, et merci de votre intérêt pour la musique d’ABDUCTION ! Nous sommes actuellement très enthousiastes à l’idée de publier notre deuxième album. Nous avons le sentiment d’avoir passé un cap, tant en termes de son que de composition et d’exécution, et avons hâte de découvrir les retours des auditeurs. Après avoir passé beaucoup de temps à travailler sur le disque, sur les visuels comme sur la musique, c’est exaltant de pouvoir enfin le partager avec le reste du monde. C’est donc une période très agréable, exaltante.

 

Pour ceux qui ne vous connaissent pas, pouvez-vous vous présenter et raconter comment est né ABDUCTION ?

ABDUCTION est un quatuor né en 2006 de la passion du guitariste et compositeur Guillaume Fleury. Dès son apprentissage de la guitare, Guillaume a souhaité former un groupe afin de pouvoir exprimer et mettre en musique ses émotions les plus fortes, ses sentiments les plus vifs. On retrouve chez ABDUCTION une obsession pour le temps qui passe, une certaine nostalgie du passé, et un goût prononcé pour le patrimoine et l’histoire de France. Guillaume a recruté trois de ses amis, le chanteur et guitariste Guillaume Roquette, le bassiste Mathieu Taverne – qui assurerait par la suite l’essentiel de nos paroles de chansons – et le batteur Morgan Velly. Après l’enregistrement d’un EP, Height Shivers, publié en 2010, le groupe s’est séparé de Guillaume Roquette et m’a recruté. Nous avons longuement planché sur l’enregistrement d’un premier album, Une Ombre Régit Les Ombres, qui a finalement vu le jour en 2016, à la suite de notre signature avec le label Finisterian Dead End. Très vite, nous nous sommes attelés à la création de son successeur, A L’Heure Du Crépuscule, qui s’apprête maintenant à voir le jour.

 

Comment se passe la préparation de la sortie de « A l’heure du crépuscule » ?

Bien ! Nous avons passé beaucoup de temps à peaufiner la présentation de l’album en tant qu’objet. Notre disque est présenté dans un beau digipack accompagné d’un livret 24 pages qui contient beaucoup d’illustrations et de photographies du groupe, qui prolonge l’atmosphère de la musique. Nous en sommes très satisfaits. Nous avons aussi réfléchi aux morceaux que nous souhaitions présenter les premiers afin de répondre à la curiosité des auditeurs qui nous avaient déjà découverts avec le premier album et aux meilleurs moyens de le faire… Internet en général et les réseaux sociaux en particulier sont des outils incontournables pour un groupe qui cherche à générer de l’attention autour de son travail.

 

Avec vous j’ai découvert un tout autre de genre de black, très différent de ce que j’écoute habituellement comme par exemple BEHEMOTH, d’où tirez-vous vos inspirations ?

Je suis très heureux de lire cela ! Sur le plan strictement musical, ABDUCTION revendique l’héritage des Suédois de Dissection, et s’inspire également des débuts d’Opeth (notamment en ce qui concerne les structures imprévisibles et l’alternance constante entre parties claires et acoustiques, et passages saturés) et de l’œuvre de Primordial, groupe qui allie rage et mélancolie avec une maîtrise saisissante. La musique de ce groupe évoque une sorte de fierté blessée qui nous interpelle tous très particulièrement. Mais il y a aussi une part de musique baroque dans notre musique, style que Guillaume Fleury connaît très bien et qui lui tient à cœur. Il y a, finalement, très peu de parties « rythmiques » dans ABDUCTION et les saccades typiques du djent et du metal moderne sont bannies de nos compositions. Même sur les parties black furieuses, les riffs demeurent perpétuellement mélodiques, le but étant de « raconter » quelque chose. Je ne sais pas si l’étiquette « black progressif » colle exactement à notre musique, mais il m’arrive cependant de recourir à cette dénomination pour décrire les multiples facettes d’ABDUCTION.

 Avez-vous abordé, la création de cet album différemment que le précédent ?

Oui, en grande partie. Certes, Guillaume n’a pas transformé son approche de travail, une partie des riffs et idées mélodiques de ce deuxième album ayant été écrite parallèlement et conjointement à la préparation du premier opus, ou même avant dans le cas de certains passages très précis. Mais par la suite, nous avons fait bénéficier A l’Heure du Crépuscule de ce que nous avions appris au moment de concevoir Une Ombre Régit Les Ombres. Nous voulions créer des lignes de basse encore plus créatives et désolidarisées des guitares, des parties claires plus abouties mélodiquement, et soigner davantage les alternances entre passages clairs et passages extrêmes, afin que tout « coule » plus naturellement. Bien que très exigeantes sur le plan technique et d’une grande intensité, les parties de batterie ont également été pensées autrement, afin de mieux coller aux mélodies et au jeu des guitares. Enfin, Guillaume connaissait mieux ma voix et m’a proposé des lignes de chant plus adaptées à ma tessiture. Chacun d’entre nous s’est aussi impliqué davantage dans la composition, fournissant de petites idées çà et là qui, pour la plupart, ont atterri sur l’album. Et puis, Déhà, qui a assuré à la fois le rôle de producteur et d’ingénieur-son en plus de s’occuper du mixage et du mastering, a fait nombre de suggestions précieuses et a même écrit et joué la partie de basse de l’interlude instrumental « Les Visiteurs Du Soir ».

 

Quand je vous écoute, je visualise votre univers comme une dystopie mais je n’arrive à le cerner complètement, quelle est pour vous l’essence même d’ABDUCTION ?

L’essence même d’ABDUCTION, c’est notre façon d’appréhender, avec colère et passion, ou bien avec tristesse et résignation, cette fuite inéluctable du temps, ces années qu’il nous est impossible de rattraper. Que nous exaltions notre histoire et notre patrimoine, que nous parlions des personnages historiques qui nous fascinent, des insaisissables muses qui nous échappent ou des choses qui nous révoltent, nous en revenons toujours là. ABDUCTION est une réflexion sur notre propre mortalité, sur la brièveté de notre passage sur terre, et de toute la palette des émotions que l’on éprouve et qui marquent notre existence. Je ne sais pas si on peut vraiment parler de dystopie mais si nous parvenons, grâce à notre musique, à emmener les auditeurs dans des lieux imaginaires, tant mieux !

Il y a un côté très religieux dans votre musique, pensez-vous que la religion est indissociable du black ?

Probablement ! Il est d’ailleurs amusant que tu mentionnes cela car entre nous, lorsque nous étions en studio, nous désignions certaines parties graves et solennelles de chant clair par la mention « chant liturgique ». La religion, par définition, est la mise en pratique d’une foi, de croyances. Personnellement, je perçois le black metal comme un mouvement extrême, habité et motivé par une recherche du sacré. Les initiateurs du mouvement reprochaient aux religions monothéistes de manipuler leurs fidèles et s’érigeaient contre l’aspect dogmatique et ordonné du culte. Ils prônaient un dépassement des valeurs morales et une quête de la vérité absolue, qui s’écarterait des notions de bien et de mal. D’après moi, l’esprit originel du black metal a tout, en effet, d’une religion. Cette musique cherche la profondeur, et va puiser dans l’agressivité une recherche du sublime. Pour moi, quelles que soient les idées que les musiciens défendent, oui, le black metal est forcément lié à une soif de connaissance. Le style a ses fidèles adeptes et possède ses propres codes, auxquels on peut choisir d’adhérer ou non – ce qui rejoint facilement, par extension, la notion de « religion », quel que soit le sens que revête ce terme pour les artistes.

 

Que représente « A l’heure du crépuscule » pour vous et par la même occasion que représente ABDUCTION pour vous ?

Pour moi, A L’Heure Du Crépuscule représente une seconde naissance pour ABDUCTION. J’aimais et j’aime toujours énormément les morceaux de notre premier album, mais l’amour que j’éprouve pour eux n’a rien à voir avec la passion dévorante qui me tord les entrailles à chaque écoute de A L’Heure Du Crépuscule ! Au-delà de mon ressenti, d’une totale subjectivité, je pense que ce disque est une représentation plus juste de ce qu’est réellement ABDUCTION. On savoure, mieux que sur le premier album à la « mise en son » encore modeste, les multiples mélodies et lignes de guitare capturées par Guillaume. Et en tant que chanteur, il me faut confesser que j’ai adoré enregistrer cet opus. Je traversais une période frustrante et globalement stressante et le fait de pouvoir, pendant trois jours, ne penser qu’à ABDUCTION et donner corps à ces morceaux épiques et passionnants, pleins d’énergie, de fougue et de mélancolie, a été une expérience inoubliable. Je sais, bien sûr, que nous aurions pu faire encore mieux et pousser les choses plus loin si nous avions disposé de plus de moyens techniques et financiers, mais personnellement, il me faut reconnaître que les compositions de Guillaume résonnent en moi de façon profonde. Je me suis réellement laissé surprendre par ce disque, et j’espère que ce sera le cas des auditeurs et qu’ils y trouveront quelque chose, ne serait-ce qu’une brève mélodie ou une ambiance, susceptible de les toucher. Notre musique vient du cœur et présente des émotions à fleur de peau.

 

Une question que j’aime souvent poser, comment voyez-vous la scène française aujourd’hui ?

La scène metal française est intéressante, car très diverse. De nombreuses formations talentueuses émergent chaque jour. Nous aimons beaucoup des groupes comme Hypno5e ou Hangman’s Chair par exemple, et nous sentons proches de quelques formations qui officient également dans le black, Opprobre ou Darkenhöld en tête. Le black metal français est intéressant car souvent imprévisible, exigeant et créatif. Après, dans son ensemble, je trouve qu’il manque à la scène metal française quelques véritables chefs de file capables de tenir la dragée haute aux groupes étrangers. Nous avons Gojira, Alcest et quelques autres, bien sûr, mais nous sommes encore sous-représentés dans certaines catégories. Cela n’enlève rien aux mérites des musiciens et à la scène elle-même, bien vivante et bien portante. Dommage, cela dit, que les petits concerts de metal ne ramènent pas plus de monde. Il est de plus en plus difficile, à l’ère d’internet, de motiver les gens à sortir de chez eux !

 

Que peut-on vous souhaiter avec ce nouvel album et pour le futur ?

De réussir, finalement, à répéter et à donner un jour quelques concerts, de vendre quelques exemplaires de l’album, et de pouvoir rapidement enchaîner sur la conception du numéro 3 ! Guillaume a déjà de nombreux riffs très prometteurs qui dorment encore sur son ordinateur et qui ne demandent qu’à être exploités…

 

Merci à vous pour votre temps, je vous laisse le mot de la fin.

Je tiens à vous remercier une seconde fois pour avoir donné à ABDUCTION cet espace d’expression. Si quelques lecteurs qui ne connaissent pas encore le groupe ont pris le temps de s’arrêter sur ces quelques lignes, qu’ils soient également remerciés pour leur curiosité ! J’aimerais vraiment les inciter à prêter une oreille à notre musique, même s’ils n’apprécient pas le black metal d’ordinaire. L’alternance de parties claires et extrêmes, aussi bien sur le plan musical que vocal, devrait leur permettre d’en retirer quelque chose. Et encore une fois, notre musique est pensée par des passionnés et à destination de passionnés. Support the underground!

 

Le DRF souhaite remercier ABDUCTION et son chanteur François Blanc de nous avoir accordé cette interview, et le Label Finisterian Dead End pour la mise en relation.

Site du groupe :http://www.abduction.fr/

Label :http://finisteriandeadend.com/

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