Interviews — 23 novembre 2016 at 8 h 21 min

HAWAII SAMURAI – Nasty Samy (basse), Buanax (batterie), Dick Den’s (guitare)

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DRF : Bon on va revenir dans le passé : en 2005 vous arrêtez, vous remettez ça en 2012, vous vous séparez de nouveau, alors qu’en définitive Hawaii Samurai reste un groupe unique dans son style… Pourquoi toutes ces séparations et ces rabibochages ?

(rire général)

Nasty Samy : Séparation en  2005, on avait fait le tour de la question je pense, pour le groupe tel qu’il était à l’époque. Et on avait décidé de passer à autres chose pour 1000 raisons, ce qui arrive dans tous les groupes.  En 2012 on s’est reformé mais on n’a fait que 5 dates pour la réédition de deux de nos albums. Ce n’est pas vraiment une reformation, nous on appelle plutôt ça une « Réunion ». Et là c’est la même chose pour le dernier disque qui n’était pas sorti en vinyle.  Tous les disques n’étaient pas disponibles, notre label a décidé de les rendre disponibles en vinyle. Alors on a décidé de faire un peu de promo pour cette sortie.

Buanax : Pour compléter la réponse, je ne sais pas si tu auras d’autres questions là-dessus, mais faire 20 concerts par rapport aux 5 concerts de 2012, c’est un autre travail. Ça demande du travail, de l’organisation, de reprendre les répètes, reprendre les morceaux, c’est un peu comme si tu repartais à zéro. Même si tu as beaucoup joué les morceaux, il faut les réapprendre, on a tous des groupes à côté et il y a eu beaucoup de temps entre. Il faut aussi reprendre ses habitudes sur scène ensemble, se remettre dans le bain. Donc on se disait que c’était dommage de travailler sur les morceaux, de refaire des setlists, de recréer les samples, enfin de remonter un set complet quoi, et de ne faire à la fin que 5 concerts.

Nasty Samy : Et tu vois la dernière fois en 2012 on ne devait jouer qu’à la Rodia à Besançon, on savait que le concert allait être complet. Et après on a eu quelques dates, mais on était resté dans le grand Est. Là c’est pareil, on peut toujours tirer sur la formule, mais je pense qu’à un moment il faut une fin.

Buanax : 20 concerts, on s’est dit que c’était bien même s’il manque des villes

Nasty Samy : Mais ce n’est pas des rabibochages, des trucs comme ça, on ne réfléchit pas comme ça. Après, un point important c’est qu’on a tous continué à tourner. Il y a des groupes qui se reforment et qui entre temps sont passé complètement à autre chose et qui se disent à 35, 40 ans «tiens j’aimerais bien ressentir le frisson», nous ce n’est pas notre cas.  On fait tous à peu près 80 dates par années avec nos groupes respectifs. Et c’est ce qu’on fait depuis 15 ans. On n’a pas besoin d’Hawaii Samurai pour ressentir le frisson de la tournée et de la route, puisque c’est ce qu’on fait de nos vies depuis 15 ans. Ce qui est important pour moi, mais je pense que je peux parler au nom de tous, le plus important c’est d’avoir des disques toujours disponibles à l’écoute.

Dick Den’s : Et tu vois, par rapport à notre Label «les productions de l’impossible», avec qui on travaille depuis au moins 15 ans, le fait qu’ils rendent le disque dispo, il était normal de faire de la promo pour le dernier objet.

DRF : Donc la réédition de votre album en version vinyle et la seule raison ou ça n’a été que prétexte ?

Dick Den’s : C’était un peu un  prétexte.

Buanax : A mon avis, s’il n’y avait pas eu le vinyle, il n’y aurait pas eu de reformation.

Nasty Samy : Et je précise que ce style-là, la «Surf Music» est un style un peu particulier, on le joue à côté dans d’autres groupes. Moi dans «Demon Vendetta» et eux dans «The Irradiates». Donc tu vois, ce n’est pas un manque. On s’est pas dit «ouais putain c’était trop génial, il faut le refaire», ça on le pense sinon on ne serait pas là, mais l’idée de départ, c’est la sortie des vinyles et notre passé.

DRF : 3 semaines de tournée ça se monte pas comme ça, c’est vous qui avez sélectionné les salles, les groupes avec qui vous jouez ?

Nasty Samy : Il y a un peu de tout, et comme je te l’ai dit, on aurait pu faire un mois de tournée, mais à un moment donné tu dois choisir. Donc ça s’articule autour de grosses dates le week-end. La première c’était le «Moloco» car le label voulait refaire jouer le même plateau qu’il y a 10, 12 ans avec les «Hellbats» et le «Two Town club», le plateau historique. Et autour, on nous a proposé des trucs et tu essaies de tout connecter. Après c’est un mix entre des demandes d’organisateurs, d’associations que l’on a connu à l’époque, et après à nous de combler les trous.

DRF : Bon et maintenant vous allez de nouveau arrêter ou vous allez vous remettre un peu à bosser ?

Nasty Samy : On va continuer à faire comme on a toujours fait, c’est-à-dire de la musique et de faire ce que l’on a envie de faire. Après je ne vois pas l’intérêt de réenregistrer des trucs comme ça. Sachant qu’on a été (ndlr : réflexion) assez productifs, on a enregistré en tout entre 53 et 58 morceaux en l’espace de 3 ans, tous supports confondus. Et comme je te dis, la scène Surf Music, ici, est largement représentée et jouée, mais autrement.

Dick Den’s : On bosse en groupe, on a tous des projets différents sur lesquels on travaille beaucoup. Là on fait une parenthèse Hawaii Samurai, mais quand on va rentrer, on va tous rependre le cours de nos vies, rebosser, les tournées, les albums…

DRF : Quel est l’intérêt à l’époque de sortir un album avec 80% de reprises au lieu de nous envoyer cash le magique « the shape of surf to come »

Buanax : (rire) En fait, c’est un peu la politique de «on ne perd rien et on garde tout». On essaie tout le temps d’optimiser  tout ce qu’on a fait, tout ce qu’on a travaillé, tout le matériel qu’on a employé. Les reprises c’est très bien, bon c’est toujours un peu secondaire, c’est toujours un peu moins gratifiant que des compositions, mais ça faisait partie de notre répertoire. On a toujours fait beaucoup de reprises, on a toujours changé les reprises, on les a améliorées, on fait des medleys, c’est des morceaux qui tournaient bien sur scène. Dans ce souci de laisser une trace de ce que l’on avait fait, du matériel employé, on s’était dit «on va en studio pour faire patienter les gens avant le deuxième album et on enregistre tous les morceaux qu’on connait en formation à 3». On a travaillé tout à 3. J’aime beaucoup « Octopus », il peut être moins intéressant car c’est des reprises, qui ont été arrangées avec notre touche personnelle, mais il y a 24 morceaux dont 18 reprises, ces 18 reprises ont été enregistrées en une demi-journée.  C’est-à-dire que c’était du travail à la chaîne, tu pourras demander à l’ingé son qui a travaillé avec nous, on ne réécoutait même pas ce qu’on enregistrait, normalement, tu écoutes puis tu valides, là on n’a rien réécouté. Là c’était une seule piste, tout mis bout à bout, et après on a fait un découpage. On voulait aussi garder cette impression «live»  un côté «balance tout, envoie la purée», c’était l’état d’esprit du groupe à ce moment-là.

Nasty Samy : Quand il est sorti, c’était la période à laquelle on était vraiment, vraiment beaucoup sur la route. Et on s’est dit «il nous faut une prod intermédiaire». Quand t’es sur la route, tu ne peux pas être en répète ou en studio. On l’avait sorti en version « slim» pour bien montrer que ce n’était pas un album, d’ailleurs c’était marqué dessus. Après il y avait 4 chansons composées par nous, elles étaient sorties sur des compils, sur des splits.

Il est important de savoir que dans ce style, la reprise de musique, c’est un exercice, tu es presque obligé de passer par là. La Surf Music c’est de la musique traditionnelle. C’est un mix entre musique traditionnelle et vieux rock’n’roll. C’est comme le jazz et le blues, c’est axé sur la réinterprétations de morceaux classiques.

DRF : Est-ce que si aujourd’hui vous ressortiez le même concept de disque vous choisiriez les mêmes reprises ou vous en mettriez d’autres ?

En chœur : C’est sûr.

Dick Den’s : Bonne question, c’est sûr qu’au niveau de la culture musicale qu’on a maintenant et celle qu’on avait avant, on a évolué.

Nasty Samy : En 15 ans qui se sont passés depuis la sortie de cet album là, on a rencontré un grand nombre  de groupes qu’on aimait. Je vais pas dire qu’on était des mômes, mais on avait 15  ans de moins. Mais après quand tu regardes le track listing…

Dick Den’s : Ouais il y a un bel échantillon de ce qui se faisait de mieux en reprises classiques.

Buanax : Il y a effectivement beaucoup de classiques. Mais à cette époque c’était le début de l’air internet, il y avait beaucoup moins de connaisseurs, les jeunes qui s’intéressaient à ce style étaient moins connaisseurs que maintenant, ça semblait plus pointu à l’époque que ça ne l’est maintenant. Donc à l’époque ces morceaux pouvaient paraître un peu moins classiques. Et après on a toujours tenu à mettre notre touche perso dans l’interprétation. Que ce soit dans les tempi, on a rallongé des plans, on en a rajouté… On a toujours essayé de ne pas faire des reprises 100% identiques à l’originale, comme si c’était une charte, comme si c’était la messe et qu’il ne fallait pas toucher le morceau …

Nasty Samy : Après, comme il te l’a dit, on a enregistré les choses dans des conditions quasi live, c’est aussi un exercice de style.

DRF : Y’a un truc qui a marqué les premières années de musique des Hawaii c’est la présence d’un saxophoniste dans vos rangs. Pourquoi à l’époque vous mettiez de côté cet instrument ?

Nasty Samy : Il y a toujours des problèmes de disponibilités quand tu as un groupe qui décide de faire beaucoup de route, il y a tout le temps un gars qui dit «écoute moi je peux pas, je veux avoir un enfant etc…». Notre saxophoniste de l’époque est venu nous voir et il nous a dit «le week end prochain je ne pourrai pas être là», alors qu’on avait une date en première partie de John Spencer Blues Explosion qui venait de nous tomber dessus à la dernière minute. On n’allait pas refuser de jouer dans une salle à guichet fermé à cause d’un saxophoniste qui ne pouvait pas venir ? Donc on a joué et ça a continué comme ça. Et ça correspondait aussi à une période où notre musique devenait un peu moins classique, un peu moins conventionnelle et le saxophone n’avait plus vraiment sa place à ce moment-là.

Dick Den’s : C’était plus punk, on y allait vraiment en mettant notre sauce. Comme on disait, les reprises on les a rebossées avec nos arrangements à nous, on ne reprenait pas les morceaux de manière traditionnelle, et c’est vrai que notre interprétation était plus perso. C’est vrai qu’à ce moment-là on s’est dit qu’on pouvait s’en passer.

Samy Nasty : Quand tu écoutes le premier album, il n’est même pas sur tous les morceaux, c’est presque du domaine de l’arrangement. Et sur la route, tu peux un peu t’en passer, ce n’est pas primordial. Ce qui est primordial, c’est l’intention de jeu, c’est ce que tu renvoies. Le disque c’est le disque, la scène c’est un tout autre exercice.

DRF : Vous vous intéressez aux nouvelles générations de groupes de surf rock, est-ce qu’il existe vraiment une scène française pour ce style-là ?

Dick Den’s : On est arrivé avec Hawaii Samurai à une époque où les vieux groupes étaient sur la fin. On a été un peu la nouvelle vague, la nouvelle génération. Après, ce que j’ai constaté en jouant avec Irradiate, c’est qu’à l’époque on a relancé un peu la chose, car quand on tourne avec nos groupes, on recroise des gens qui ont commencé en même temps que nous. Et les gens te  disent que Hawaii était important, que ça leur a mis le pied à l’étrier.

Nasty Samy : Quand tu joues dans un groupe, tu ne le sens pas, et c’est plus tard que tu rencontres des gens qui te disent «je vous ai vu avec Hawaii à l’époque». Et là, on le voit tous les soirs pendant la tournée. Hier on a joué à Périgueux avec un groupe de Surf, techniquement Périgueux c’est à 900 km de chez nous et le mec nous dit que s’il joue ce genre de musique, c’est parce qu’il nous avait vu jouer à l’époque.

Buanax : Sans être prétentieux, par la force des choses, quand tu t’intéresses, que tu es curieux, tu vois ce qui se passe dans la scène Surf. On joue beaucoup, comme on t’a dit, on à tous des groupes de surf, donc on passe du temps sur la route. Regarde Samy est allé jouer au Surfer Joe Festival en Italie, c’est le festival où tous les groupes de surf se retrouvent. Donc oui, on se tient au jus de ce qui se passe, c’est une petite scène, c’est une niche, on s’intéresse aux groupes, les groupes s’intéressent à nous. On constate aussi, par le biais d’internet, que la troïka bisontine, Hawaii Samurai, Demon Vendetta et Irradiates est bien côté. On a des brésiliens, des anglais, des italiens, des américains qui nous suivent régulièrement et qui nous en font part. Ça c’est pour le côté un peu bling bling…

Nasty Samy : La scène Française aussi est bien côtée, ce mix de musique traditionnelle jouée avec un côté moderne, car on a tous joué dans des groupes de Hardcore, de Crossover, de Punk de Punk Mélodique où c’est un jeu plus moderne et ça les gens le sentent vraiment. Et comme le dit Den’s, l’autre génération ne jouait presque pas et ne tournait pas beaucoup, il y  avait quelques fest Rockabilly, Surf Rock… Nous on est arrivé avec le bagage de nos formations de l’époque, regarde, moi je jouais dans Second Rate, le Den’s il jouait dans les Munky Posse et Run Of Lava, Buanax il jouait dans Nothing To Prove. Donc quand on est arrivé avec notre autre manière de faire, les gens plus jeunes ont de suite accroché.  Et Hawaii Samurai, aujourd’hui encore, on peut jouer avec un groupe de Hardcore, de Métal et de Punk Rock Moderne, sans que ça fasse tache. Et c’est ce qu’on disait hier soir, on préfère jouer dans ces soirées-là, que de partager l’affiche avec deux autres groupes Surf. Maintenant, pour revenir au début de ta question, sans paraître prétentieux, je pense qu’on a redynamisé ce style-là, en France au moins, et remis un coup de projecteur sur le style.

DRF : On sait que les films de série Z, le cinéma d’horreur sont des choses qui influencent votre musique et sont également liées à la musique surf, si vous aviez 5 films et 5 albums incontournables pour les novices, vous nous conseilleriez quoi ?

Nasty Samy : C’est délicat parce que ce que tu appelles «style Z», moi je dirais «film d’exploitation», «film Z» c’est clairement péjoratif, et les gens prennent souvent le truc dans le sens «ouais des monstres, du sang…». Je pense que dans le groupe, tout le monde aime ça, mais c’est presque de la cinéphilie, sans paraître prétentieux. On va parler de film «d’horreur», de film «de genre», de film «d’exploitation», avant de parler de film «Z». Pour moi, «Z» c’est la dernière lettre de l’alphabet et ça fait un peu diplômé du dernier rang.  On a utilisé ces images-là, c’est un peu pour caricaturer la chose. On était jeunes, et s’il fallait refaire ça, je pense qu’on le ferait différemment, on jouerait aussi différemment etc….Après, pour répondre à ta question sur les films, ça peut être des films sur les monstres Universal, ça peut être des films d’horreur comme «Massacre à la tronçonneuse», des films de science-fiction old school, ça peut être des films avec des thèmes d’Ennio Morricone. Moi perso, c’est impossible de te faire une liste de 5 films liés au genre, c’est tellement vaste

Buanax : Après, pour les albums ce sera toujours un peu les mêmes, on va tourner autour des albums cultes : «The Surfin’Bird» des Thrashmen, toute la discographie de de Link Wray… Quand tu parles de lui maintenant, c’est comme si tu parlais de Napoléon, tout le monde, à peu près, le connais. Et quand je dis connaitre, ce n’est pas forcément donner tous les titres, c’est savoir comment il jouait, l’état d’esprit, ce n’est pas une musique que tu joues comme ça, faut aussi avoir un état d‘esprit. Après, on va dire Dick Dale. Les Hawaii ont été pas mal influencés aussi par les Dead Kennedys.

Nasty Samy : On a été aussi vachement influencés par la Surf traditionnelle dans le son. Mais tu vois c’est quand même un monde hyper vaste. Et maintenant, tout est un peu mélangé. En 2002, on ne parlait pas de «Garage Rock», très peu dans les médias. Maintenant, c’est un style qui a explosé depuis les White Stripes et compagnie. Les groupes à guitares dans les festival, sont des groupes d’obédiences «Garage», il n’y a plus de groupes avec des grosses guitares. Hormis, bien sûr, si tu vas dans les festivals spécialisés. Mais quand tu vas aux Eurock et que tu vois un groupe pop avec des guitares, les sonorités derrière sont des sonorités «Garage Rock» : le matériel utilisé, le sens du riffing, etc… C’est d’influence «Garage Rock». A la fin des années 90 et au début des années 2000, ça avait disparu. C’est cyclique, ça revient avec le temps. Et la Surf Music, c’est compliqué car c’est tellement proche de plein de styles de musique, «Garage», de la musique traditionnelle. Et même Link Wray ce n’est pas vraiment du Surf…

DRF : Je vous laisse le mot de la fin.

Den’s : Pour revenir au merchandising, c’est les dernières pièces, c’est des disques qu’on est allé rechercher chez le Kaiser, notre producteur, qui est décédé il y a quelques mois. Il a tout enregistré, dans sa crypte, dans son manoir au Kaiser Studio, Lukas Stubble, qu’on pourrait d’ailleurs aussi intégrer aux influences d’Hawaii Samurai. Il a composé une chanson pour nous, il a fait pas mal d’arrangements en studio pour nous. Un gars exceptionnel.

Photo par Sam Guillerand. Merci à la Secret Place et à Hawaii Samurai.

 

 

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