Interviews — 24 mars 2018 at 20 h 50 min

HANGMAN’S CHAIR – Medhi (batterie) Julien ( Guitare)

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Salut à toi! Bon ce n’est pas trop ton cas … et encore, mais vous avez perdu vos cheveux ?! Ça commençait à gratter ?

Medhi :(rire) oui on a tout rasé. Julien c’est parce qu’il commençait à perdre ses cheveux, ça faisait une espèce de front géant, il a dit « c’est bon je passe au rasoir », Clem pareil et moi je m’en fous un petit peu, je rase l’été, je laisse pousser l’hiver.

Comment s’est passée la première date hier? Puisque la date de Nancy a été reportée, comment  les nouveaux morceaux ont-ils été accueillis?

Très bien, j’ai été très satisfait de la manière dont ça s’est passé. On a joué à Toulouse, on a été accueilli par l’équipe Noïser, c’était parfait. On était très stressé, on est rarement stressé avant de monter sur scène, mais là on avait beaucoup travaillé en amont. On a bossé avec nos ingénieurs sons et un ingénieur lumières qui nous suivent en concert, toute cette organisation nous a fait un peu baliser avant de monter sur scène, mais une fois que cela a été lancé, ça s’est très bien passé. Je trouve qu’on a un chouette set.

Qu’est-ce que vous avez eu envie de faire de mieux que sur «  This is not supposed … » ?

Question très compliquée ….. (réflexion)

L’ajout de clavier et de synthé ?

Pour revenir à la question: vouloir faire quelque chose de mieux, je ne sais pas, mais refaire un album c’était notre volonté. Je crois que ces années-là ont été un peu particulières pour nous tous, il s’est passé encore des choses. Enfin bon, ceux sont les choses de la vie. Je pense que quand on s’est vu pour  » This is », je t’avais dit la même chose (rire). Pendant ces deux ans, il s’est passé des choses assez dingues. On approche des 40 ans, j’ai l’impression qu’il faut qu’on écoute plus notre corps, il a fallu qu’on fasse un petit brainstorming pour savoir ce qui était bon pour nous. Ça nous a fait du bien de faire cet album, on est parti sur des choses plus personnelles.  Je pense que le changement se trouve là.

Vous proposez depuis 3 albums un chant plus mélodique, plus recherché et pleinement abouti sur le titre «  Touch the Razor », comment vous voyez l’évolution du côté lyrique dans votre musique?

Je crois que c’est un outil avec lequel nous sommes tout le temps, en perpétuelle exploration, surtout avec Cédric  qui , je trouve, s’améliore d’album en album et qui nous permet d’explorer des terres inconnues pour nous. Et ça nous fait du bien. En tout cas sur le dernier album on a encore pu explorer des choses, on est allé là où on avait jamais été avant. Tu sais nous on a jamais vraiment gueulé, ça a toujours été chanté, et on sent bien l’évolution d’album en album. C’est comme un instrument en fait, à nous de l’exploiter au mieux.

Bon j’ai compris l’intérêt du titre d’ouverture «  Banlieue Triste » , mais « Tara » je reste dubitatif je ne sais pas trop quoi penser.

C’est un morceau qu’on avait dans notre petit sac. On avait travaillé ça chez un ami. On avait monté un petit labo synthé pour travailler tout ça. On est sortit avec ce titre-là, qui à la base devait être un titre chanté. Mais si tu veux, pour l’album ça ne nous a pas inspiré tout de suite, alors on a décidé de le mettre comme un espèce d’interlude. Comme tu le sais, on aime bien mettre des respirations et on trouvait qu’à cet endroit-là juste avant  » 04.09.16″ ça  le faisait. Mais on a en projet de le sortir en extended version avec du chant, ça prendra plus de sens peut-être quand on le sortira sur un split ….

On sent un son plus gros, plus fat plus puissant que sur les derniers enregistrements, en définitive il n’y aurait donc qu’au studio Sainte-Marthe qu’on arrive à sublimer Hangman’s Chair ?

Je crois que oui. En tout cas Francis Castes arrive à sublimer nos morceaux et nos idées. Je sens qu’on a réussi à faire un truc plutôt chouette sur cet album. J’en sors plus content que le précédent. On est jamais vraiment totalement satisfait mais sur ce coup… j’ai eu peur en studio quand on mettait toutes les pistes, toutes les couches, je me suis dis: « comment on va clarifier tout ça? », il y avait une espèce de boule de tension, j’ai vraiment eu peur du rendu, mais c’est là qu’on voit que Francis est fort. Techniquement c’est quand même assez balaise. Arriver à ouvrir le spectre, pour que tous les effets, les pistes, les petites couches, la moindre petite chose, ressortent. Je trouve ça assez chouette le travail qui a été fait. Quand tu vois le son en couche il y a de tout, tu peux tout comprendre et ça apporte cette rondeur au son, mais ça le rend aussi plus ouvert.

J’ai cherché mais j’ai pas trouvé :Que s’est il passé le 04.09.16 ?

C’est normal que tu n’aies pas trouvé. C’est le morceau un peu déclencheur pour toute la thématique de l’album. C’est la date à laquelle l’un d’entre nous a été hospitalisé. Ça a été un peu l’élément qui nous a … tiqué, on devait mettre tout ça en musique, pour déjà causer de ce qui s’est passé, sur ce morceau-là, d’une manière très terre à terre. Ça nous a permis de trouver la thématique,les angoisses, l’anxiété, le manque de sommeil, les abus, les vices. Cette date-là, après l’hospitalisation, ça a été comme une alarme. Même nous on s’est senti dans le besoin, je crois,  de l’exprimer en musique. C’est un morceau très important de l’album.

Vous nous aviez parlé lors de notre dernière rencontre de l’envie d’introduire des claviers et autres synthés, c’est chose faite, grâce à la collaboration avec l’artiste compositeur Perturbator. Comment en êtes-vous venus à bosser avec lui et comment s’est passée la collaboration ?

J’écoutais déjà ce qu’il fait et j’aime beaucoup. En plus on a le même tourneur. J’aime beaucoup son dernier Ep  » New Model » qui est vraiment plus deep tempo et c’est ce que je préfère. Toute l’ambiance Carpenter, j’adore les musiques de films eighties. Donc je disais, c’est notre tourneur qui nous a mis en relation. Il était en tournée au Etats-Unis et on parlait de choses et d’autres et il me dit « oui on écoute votre album », de là je lui ai demandé s’il ne pouvait pas lui demander pour faire un featuring, il leur a demandé et la réponse a été positive. J’ai proposé aux gars pour voir s’ils étaient ok. Quel morceau? Qu’est-ce qu’on fait? On n’était pas du tout parti pour faire ça au départ. En plein milieu de l’enregistrement on a dû tout réinstaller. Quand il est rentré de tournée on lui a proposé un morceau, en 24h il nous a envoyé  des pistes, il nous a demandé si ça allait. On lui a répondu  » c’est nickel t’as tout compris » il voulait pas trop en mettre, il voulait vraiment habiller la musique et c’est exactement ce qu’on voulait, il a ré-envoyé d’autres postes et ensuite on a envoyé au mixage. Après ce n’est pas un artiste que l’on connait plus que ça, même si c’est un artiste parisien. Je l’ai rencontré une fois personnellement. Superbe collab en attendant. On va jouer ensemble sur un festival cet été ce sera parfait. Il s’est mis au service de Hangman’s Chair et je trouve ça juste génial.

Pendant qu’on est dans les collaborations vous avez officié sur « Siddi Bel Abes »  avec Marc De Backer alias Mongolito et pour un plus large public ex membre de Dog Eat Dog, comment se sont également fais le rapprochement et la collaboration? Je trouve que ce morceau est très calme très posé et qui fait bien le contraste avec le morceau qui suit.

C’est comme une bouffée d’oxygène, c’est important d’intégrer aux albums ces morceaux, ces interludes. On a quand même une musique assez dense, on a besoin d’alléger le truc. Ce morceau, je ne le considère pas comme une interlude mais vraiment comme un morceau à part entière. Alors Marc ça fait longtemps qu’on le connait, c’est vraiment un ami. J’adore ce qu’il fait, son univers je suis complètement fan, il joue dans Mongolito on est fan, il joue aussi dans Wolvennest on est ultra fan aussi. On souhaitait déjà faire une collaboration avec Wolvennest, pas en faisant un split mais en composant un morceau tous ensemble, c’était dans l’idée, dans le projet mais avec les emplois du temps ça n’a pas pu se faire. Du coup quand on a composé ce titre-là on a vraiment pensé à une instru avec une guitare qui chante. On voulait une espèce de guitare pleureuse criarde, si ce n’est fausse, parfois, tout en faisant que la chose reste très très tendue, on a tout de suite pensé à lui. Il est venu une journée en studio après avoir entendu une maquette qu’on lui avait donné. On s’est donné une petite ligne directrice, il est venu avec une petite bouteille de vin rouge, on a fait trois quatres prises et on a gardé les parties qu’on voulait. Ça s’est fait tout naturellement, au calme,  ça a donné ce morceau qui nous touche beaucoup. Par la suite on l’a appelé Siddi Bel Abes, ça nous a inspiré, notre ancien guitariste est enterré là-bas ça nous a permis de lui rendre un bel hommage.

Pourquoi Georges Bataille ?

J’ai lu quelques oeuvres de lui. A côté de ça c’est un texte qu’on a récupéré dans un film des années 70 « Acéphale« . C’est un film avec des espèces d’étudiants soixante-huitards anarchistes, genre de truc un peu barré, où ce ne sont que des performances, c’est un film en noir et blanc et au milieu t’as ce type complètement fou qui reprend ce texte de « La Conjuration ». Ça nous a tellement mis en ambiance qu’il fallait qu’on le calle. On avait déjà failli l’utiliser  sur « This Is … » mais ça n’allait pas. On venait de finir de composer « Full ashtray » il y avait ces napes de guitares qui trainaient et on s’est dit on va les habiller et leur mettre le texte de Bataille, en plus ça correspondait complètement au thème de l’album. Quand on l’a écouté on s’est dit nickel c’est exactement ça!

Parlons Artwork, si les dernières pochettes étaient graphiques, colorées, pleines de contrastes, là vous vous êtes tournée vers la photographie. Qu’est-ce qui motive ce changement ?

En fait, c’est dans l’autre sens que ça s’est passé. Notre illustrateur Dave Decat qui a fait les pochettes précédentes nous a d’abord proposé cette photo qu’un ami à lui a prise dans les années 80, c’est une vieille photo, il a fait un espèce de montage en ajoutant Julien sur la caravane, normalement il n’y a personne sur la photo. Mais c’est à partir de cette photo que tout a été goupillé. Il ne savait pas trop quoi faire, il avait même peur de ne pas savoir quoi faire après « This is », il n’était pas forcément super inspiré et il nous a contacté en nous disant  » j’ai un truc qui vous correspond, vous allez me dire si on part là-dessus ou pas » quand on a vu la photo on a dit oui de suite. C’est une vieille photo du ghetto de Nanterre qui était très connue dans les années 70,80. C’était un énorme bidonville. La photo est très contrastée, tout ce qu’on aime, la maison pavillonaire de banlieue avec les cités qui montent derrière et le ghetto. Si tu veux, ça nous a causé directement. C’est là où le titre est arrivé, quand on a validé la photo on est parti sur tout l’univers  » Banlieue triste », la photo on l’avait même avant de composer l’album. Il se peut que ce soit cette photo qui a déclenché l’ambiance de l’album

Elles sont aussi tristes que ça nos banlieues ? Moi étant de Marseille, dans les quartiers nords, je trouve qu’il y a quand même des initiatives des choses, il y a des choses qui se passent ….

Oui je vois ce que tu veux dire, c’est ce qu’on a vécu et ce qu’on vit encore car on est des banlieusards, mais il y a quand même ce côté banlieue oubliée qui pèse. Il y a de l’auto-gérance comme tu le dis; de  la vie  mais une vie (réflexion) Tu te retrouves avec une petite ville dans une grande ville, et tu dois faire vivre cette petite ville avec du recyclé pour pouvoir te satisfaire. Moi je trouve que c’est de la banlieue oubliée et ça a toujours été comme ça. Mais je l’aime ma banlieue, on le proclame, on est fier d’être banlieusard. Mais bon là tu rentres dans des sujets politiques et je n’ai pas trop envie d’en parler. Après on voulait le décrire une  » Banlieue Triste » par rapport aux années 80 pour coller aussi à la photo. Renaud parlait dans ses chansons de « Banlieue Rouge » à l’époque,  » Banlieue Triste » c’est également un petit clin d’oeil.

Vous officiez dans d’autres groupes : Es la Guerilla et Arkangel on en a déjà parlé pour divers sujets ensemble, mais une question n’a jamais été soulevée :  à quand Hangman, Arkangel et Es la Guerilla sur une tournée commune … et dans vos bagages vous ramenez Cowards

Là, tu vas me tuer sur scène pendant deux heures (rire). Écoute on l’a déjà fait mais pas en France. Là, Arkangel ils jouent les 30.31 mars et 1er avril. Mais pour avoir tout ce package … Es la Guerilla c’est carrément jouable on l’a déjà fait plusieurs fois… Bref on verra, ça se réfléchit.

La question du split album se pose. J’ai vu une interview vidéo de vous il y a quelques jours où votre bassiste disait qu’il fallait déjà passer à autre chose, car vous aviez déjà soif d’autres choses car vous jouiez déjà depuis longtemps les morceaux…. (Julien vient nous rejoindre )

Je ne pense pas que ce soit si radical. Ce qu’il voulait dire par là c’est qu’on compose tout le temps, il y a du travail en amont donc on les joue tout le temps ces morceaux. L’interview avait été faite avant la première date et hier soir on a été ultra content de les jouer  et on sera encore content de les jouer les prochains concerts. Mais je pense réellement que ce qu’il voulait dire c’est par rapport à toute cette période de travail, post et pré-album, tout a été long et lourd et du coup très fatiguant, je pense que c’est plutôt ça qu’il voulait dire.

Donc un split album c’est un exercice que vous avez mis en place entre chaque album …..

Julien: oui il nous reste 4 morceaux avec la version étendue de « Tara », ça devrait sortir vers septembre avec Fange.

Medhi: on aurait pu le sortir avant mais il nous restait encore des morceaux à enregistrer. Eux voulaient le sortir avant car ils jouent au Hellfest et voulaient avoir de la matière, mais pour nous, ça fait trop proche de la sortie de l’album.  Ils sont super ouverts et ont validé la chose. On sera content de faire ça avec eux car on adore ce qu’ils font. Et puis on respecte notre ligne de conduite, on aime sortir des choses sous ce  format, ça permet de garder de l’actu et de donner de la matière au public. On a enregistré 14 morceaux sur la session, il y en a 10 qui sont sortis sur « Banlieue Triste » donc il reste encore de la matière.

Y’a une question qu’on pose rarement aux musiciens : c’est quoi vos vrais métiers ?

Julien: Moi je suis standardiste dans un label de musique, et ce à mi-temps le matin, ce qui permet de pouvoir faire de la musique car ça prend du temps au delà des répètes ..

Medhi: Moi je suis intermittent, je fais du montage et démontage de concerts.

Julien : Il nous faut quand même un boulot qui puisse aller avec notre mode de vie. Tu ne peux pas faire des trucs de bureau où tu dois être là tous les lundis matins, où il faut bloquer ses vacances etc … ce serait compliqué.

Quel est votre plus vieux souvenir sonore ou musical ?

Medhi: C’est intéressant ton truc là !!

Julien: Le bruit de l’avion, j’ai pris l’avion très jeune et j’ai toujours ce bruit de l’avion dans l’habitacle. Petit ça fait étrange c’est peut -être le premier bruit étrange, enfin pas forcément quotidien, que j’ai entendu et qui me soit resté.

Un petit mot pour la fin ?

Medhi: Merci beaucoup, on est hyper content de cette tournée pour « Banlieue Triste », on va annoncer quelques festivals, on part pour Londres pour la première fois jouer, on va continuer de travailler pour le split et il y a encore quelques trucs mais on ne dit pas tout tout de suite.

Merci à Stephane ( Volume Brutal Association) , à Elodie (L.O Communication) A Medhi et Julien

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